Archives Mensuelles: septembre 2011

Les vacances, chapitre 4 : Retour à la maison

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Après 3 heures et demi de marche, nous revoilà à notre point de départ. On ne traine pas car la nuit tombe dans deux heures et on veut retraverser les 17 km de pistes qui nous ont conduites jusqu’ici de jour. On enfourche nos motos. Je me sens fourbue, fatiguée, j’ai mal partout et la pluie se met à tomber. En plus, je suis borgne. Les conditions ne sont pour ainsi dire pas optimales, pas optimales du tout. La piste  qui était sèche à l’aller est maintenant boueuse et glissante. Toute mon assurance m’a quitté et la moto soudain, ça ne me semble plus rigolo du tout.

Quand enfin nous atteignons l’autre bout de la piste une heure plus tard, on est trempés de la tête au pied et jusqu’au fond de nos sacs et la pluie s’abat de plus belle. Nous avançons au ralenti sous des tonnes d’eau. Aucune infrastructure susceptible de nous offrir un abri temporaire ne borde la route. La nuit tombe et il nous reste une trentaine de kilomètres avant le village où on avait prévu de passer la nuit…

Un restaurant sur notre droite apparait soudain comme notre salut. Je fonce m’abriter, nous nous déshabillons au milieu du local pour enfiler les quelques vêtements encore secs que nous avons. Le gérant du restaurant possède une guest house 100 mètres plus loin. Rassurés, nous sortons nos cartes mouillées et enchainons les parties de coinche pendant que des trombes d’eau continuent de se déverser sur la route. J’ai l’impression qu’on ne viendra jamais à bout de ce cumulo-nimbus. On commande à manger, on discute. La pluie ne cesse pas. Au bout de 3h on se décide à reprendre nos motos pour parcourir la distance qui nous séparent de la guest house. La chambre est miteuse. Deux lits d’une personne pour 4, des moustiques plein le plafond, une odeur de renfermé et un chien qui hurle à la mort toute la nuit. Serrée contre Antoine sous mon pyjama mouillé et les draps moisis, j’écoute la pluie tomber continuellement et je me dis qu’on n’arrivera jamais à Phnom Penh vivants. Je me fais tous les scénarios possibles et imaginables : la glissade, le camion, la roue qui se décroche, le rhinocéros qui traverse la route, le trou sans fond au milieu du chemin, les freins qui lâchent dans la descente à 45 degrés, une attaque de monstres ou un pont qui s’écroule.

Au final, la pluie s’est arrêtée tôt le matin et on est rentrés sans encombre à Phnom Penh en fin de matinée, sales, les fesses en compote, les pieds déglingués, les cheveux poisseux, les vêtements puants, le visage rouge et les yeux cernés, mais en vie et en un seul morceau.

Moralité : les vacances au Cambodge, c’est pas de tout repos ! Il va me falloir quelques journées de travail pour m’en remettre. Ça tombe bien, demain c’est la rentrée, j’ai cours tout le week-end et je reprends le travail lundi.

Les vacances, comme toutes les bonnes choses, ça a une fin.

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Les vacances, chapitre 3 : Trek et Crèpe

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Jour 3. Nous voilà à Chi Pat, un petit village fluvial, siège d’un grand projet d’écotourisme communautaire. Il est 8h du matin, et nous partons, tous les 6 + une japonaise + 2 guides + un cuisinier, à la découverte de l’écosystème des Cardamomes. Sus à la Nature ! Sacs de randonnée sur le dos, nous marchons d’un pas gaillard, chantons des chansons, racontons des histoires, jouons à des jeux, bavardons en Khmerglais avec nos guides. Comme j’aime ne rien faire comme tout le monde, quand je pars en randonnée pendant 2 jours, je me chausse de tennis en tissu roses trop petites. Mais à part ça, tout va bien. Le soleil nous chauffe la peau et nos guides sont rigolos. L’un ressemble à Simplet (vous savez le copain de Blanche-Neige) et s’est coiffé d’un bonnet parce qu’il a froid (il fait 30 degrés). Son copain répond au doux nom de Krep mais pour tout le monde ça sera Mister Crèpe jusqu’à la fin du séjour. On marche toute la journée, on traverse la steppe, la savane, la jungle, les marécages, des cours d’eau. Je me prends une énorme branche dans la face, ce qui me vaut une belle bosse sur le front. En revanche les sangsues me laissent à peu près tranquille.

Enfin on arrive à l’endroit où nous passerons la nuit : 3 cahutes abritent une petite famille de Khmers qui vivent au cœur de la jungle avec leurs 8 poules, leur gros cochon, leurs 2 chats et leurs 5 chiens. Délestés de nos sacs, nous traversons une dernière portion de forêt et nous retrouvons face à d’impressionnantes chutes d’eau, bien réelles celle-là (ouf). Mais l’aventure n’est pas finie : avant de faire plouf, il faut descendre les chutes par le côté pour arriver à un promontoire d’où on peut plonger dans les remous du bassin. Voilà un nouveau monde à traverser pour petit pac-man en herbe: le monde de la patinoire rocheuse étalée sur une descente de 20 mètres, surplombant un torrent furieux qui se déverse 1 mètre plus bas. En proie au vertige, je commence par déclarer forfait et regarde s’éloigner mes camarades qui sautillent de pierres en pierres comme des cabris. Bon, je décide de me lancer, plutôt en mode araignée à quatre pattes et dignité piétinée. Morte-de-peur, je finis par me retrouver au bas des chutes et oh my god, le spectacle valait le coup de se faire une frayeur !

C’est l’heure de la baignade.

J’adore nager… dans une piscine. Quand je ne vois pas le fond, je perds toute rationalité. Je suis intimement persuadée que les profondeurs obscures qui s’ouvrent sous mon corps gigotant sont peuplés de créatures tentaculaires aux dents acérées et aux intentions malfaisantes. Mais au point où j’en suis, je me dis que si je suis toujours vivante, ça n’est pas pour me faire maintenant bouffer par le Kraken. Oubliant mon vertige, je me lance du promontoire dans les profondeurs abyssales ou mes amis s’ébrouent déjà comme si de rien n’était – mais comment font-ils ?! Bien sûr, une fois de retour à la surface, je cède à la panique et couvre à la nage les 8 mètres qui me séparent du bord en moins de 4 secondes. J’ai perdu une lentille dans la bataille. Comme j’aime ne rien faire comme tout le monde, quand je pars à l’aventure avec des lentilles dans les yeux, je ne prends pas de lunettes de rechange. Je serai donc borgne pour le reste du séjour.

Retour au camp de base après une heure de jeux aquatiques pendant lesquels on a failli perdre 2 de nos coéquipiers qui se sont pris pour Chuck Norris. Notre dîner nous attend – du riz comme d’habitude. Notre guide à chapeau est devenu notre meilleur ami et nous appelle tous Poumaa (ami en Khmer). On a tous hérité d’un surnom, en référence à Mister Crèpe. Pour moi, ça sera Mister Bine. Ahah.

La nuit tombe. Nous les filles devenons amies avec les petites de la famille qui sont tout simplement à tomber, genre Pocahontas cambodgienne à 8 ans, pendant que les garçons (Mister Toune, Mister Hadyen et Mister Nico) vont visiter la case numéro 1 et boire de l’alcool de riz à 70 degrés avec nos hôtes. Après, le Papa ramène quelque chose qui ressemble à un petit serpent et qui s’avère être un mille-pattes géant. C’est dégoutant et ça amuse tout le monde sauf moi. Je passe encore une fois pour la chochotte de service mais c’est pas grave. J’assume totalement mon côté ennemie des bêtes. Pour compenser, je me fais pote avec le petit chien. Après les filles aussi sont invités à boire de l’alcool de riz dans la case numéro 1, avec Poumaa et Mister Crèpe, le papa, le grand-père, la maman qui halète son bébé, les petites qui nous présentent leurs chats, Katého et Katiha. Il est presque 9h, c’est-à-dire vachement passée l’heure de se coucher en heure junglaise. Nous regagnons nos hamacs dans la case numéro 3 et nous endormons du sommeil des braves.

Le lendemain, des noodles plein le ventre à 7h30 du matin, on repart jouer dans les chutes. Je me retape la descente glissante, le saut de la mort, le Kraken et ses potes et en prime, je me fends à moitié l’orteil sur un rocher. Mais c’est quand-même trop bien comme salle-de-bain cette cascade. Jamais connu toilette matinale plus sympathique. Puis c’est l’heure de rentrer à Chi Pat, on dit au revoir à nos copines et à leurs parents, c’est un peu triste.

Les vacances, chapitre 2 : Chutes et chute

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On a quand-même fini par arriver à destination et par trouver une guest-house pour passer la nuit.

Le lendemain, nous avons dans l’idée d’aller visiter les chutes de Stung Phong Roul, situé à une heure de moto environ. Après quelques kilomètres de route, on se retrouve sur une piste de terre rouge et on passe en mode rodéo. Je me sens comme un personnage de jeu vidéo qui doit traverser différents mondes et lutter contre moult dangers avant d’arriver dans le monde merveilleux des cascades enchantées. Je n’ai jamais été très douée pour les jeux vidéo mais dans la vraie vie, c’est beaucoup plus marrant – et beaucoup plus dangereux. Je traverse sans encombre le monde des nids-de-poule grands comme des mares entre lesquels il faut slalomer allègrement. Un plouf équivaut à 5% de moins sur la barre de vie et à un risque de chute, ce qui coûte beaucoup plus cher. Ensuite il y a le monde de la boue qui aspire les petits pac-man en herbe à la moindre chute. Tomber, c’est automatiquement perdre une vie.  Concentrée à l’extrême, je me force à ne pas paniquer en sentant ma roue arrière chasser tous les 5 secondes et traverse les mares de boue sans prêter attention à la couche de terre qui recouvre mes mollets. Après le monde de la boue vient le monde des énormes rochers menaçant qui affleurent sur le chemin et sur lesquels il faut rouler sans perdre l’équilibre même si on décolle régulièrement de plusieurs dizaines de centimètres. Une chute équivaut à un gros bobo et, dans la version virtuelle, un peu de sang qui gicle. Dans tous les cas, il vaut mieux trouver une trousse de secours pas loin. Régulièrement on croise d’autres personnages qui, moins chanceux, tracent leur route sur de bien plus petites motos. Mais comme ils sont khmers, ils sont quand-même vachement plus forts. Des fois on traverse des ponts aussi, et là le plouf dans l’eau, c’est game over.

Dans la vraie vie, je n’en ai qu’une. Donc le game over n’est pas envisageable et je n’ai pas d’autre choix que de gagner le jeu et d’arriver en un seul morceau dans le monde merveilleux des chutes enchantées.

On gare enfin nos engins. Il nous reste d’après le Lonely Planet 20 minutes de montée à pied. Une heure et demi plus tard, on a toujours pas vu l’ombre d’une chute. Arrivés au sommet se pose la question de faire demi-tour, lorsqu’un bruit de pick-up se laisse entendre. Nous voilà bientôt tous installés à l’arrière du véhicule qui redescend la pente de l’autre côté en brinquebalant dangereusement. Nous nous cramponnons à ce qui ressemble à une petite tête de grue pour ne pas passer par-dessus bord.

Enfin arrivés au lieu-dit, quatre km plus loin, c’est la désillusion. En guise de chutes, nous voilà face au barrage de Kirirom III, construit par les chinois durant les 6 derniers mois. Certes, il y a bien de l’eau qui se déverse pour tomber 200 mètres plus bas dans un bassin, mais entre des pylônes en acier et sur une pente de béton, c’est quand-même vachement moins sympa. C’est d’ailleurs très moche.

On prend les choses à la rigolade mais quand-même, j’ai le cœur un peu serré. Non pas parce que j’ai risqué 20 fois ma vie pour rien, mais parce que je me dis qu’un jour, peut-être, le monde merveilleux des chutes enchantés n’existera plus nulle part sur terre… J’aime pas les chinois.

Dans notre jeu à nous, il faut retraverser les mondes en sens inverse. Après une telle déception, je me sens un peu découragée et beaucoup moins concentrée. Résultat, en traversant un énième passage de terre humide, ma roue arrière dérape, je perds l’équilibre, je freine, la moto cale et s’étale avec ses deux passagères dans la boue épaisse. Pas de bobo, on avait une bonne couche pour amortir notre chute. Mais maintenant la moitié de nos affaires est trempée, et l’autre rouge de boue. Vives les vacances !

Les vacances, chapitre 1 : Les cheveux dans la pluie

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Cette semaine, c’était la Toussaint au Cambodge. Eh oui, eux aussi ont pour habitude de rendre hommage à leurs morts au début de l’automne. Du coup, mes colocs et moi qui n’avons aucuns morts auxquels rendre hommage ici tirons profit de nos quelques jours de vacances pour partir explorer une chaine de montagne au Sud-Ouest du pays. Et comme on ne fait pas les choses à moitié, on part en moto. Et pas n’importe quelle moto, cette moto :

Je fais partie des conducteurs.

Au début j’ai un peu peur, c’est vrai. Mais la bête s’avère docile et après 10 minutes de conduite dans la ville je me sens déjà beaucoup plus à l’aise. En route vers les Cardamone Mountains.

Juchée sur mon destrier à moteur, lancée à 80 km/h sur les routes cambodgiennes (oui on ne roule pas très vite ici), un sourire jusqu’aux oreilles collé sur le visage, j’ai le sentiment que rien ne peut m’arriver. Je me sens libre, libre… Je pourrais presque m’envoler. Il y a dans la vie des activités qui en soi vous rendent systématiquement heureux pour ce qu’elles sont. La moto en fait partie. Je me sens invincible.

Quand soudain… la pluie. Quelques gouttes au début piquettent mon visage, ce qui n’est pas trop désagréable. Et bientôt c’est le déluge. Des trombes d’eau s’abattent sur nous et nous nous retrouvons en quelques minutes trempés jusqu’aux os. De gros nuages noirs nous menacent mais je préfère me raccrocher à l’espoir ridicule que l’averse ne durera qu’un temps.

Comme j’aime ne rien faire comme tout le monde, lorsque je pars en vacances en pleine saison des pluies et qu’au programme des vacances, il n’y a que des activités de plein air, y compris le transport, je préfère ne pas prendre de k-way. Pourtant celui-ci pendait nonchalamment à côté de la porte d’entrée. Avant de sortir je lui ai jeté un regard et puis – allez savoir pourquoi – je me suis dit « Oh et puis non ».

Incorrigible moi.

Menace chômage, quand tu nous tiens…

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Dans trois mois mon stage arrive à expiration, tout comme mon statut d’étudiante. Envoles petits privilèges de fifille entretenue. Apres 6 ans et demi de gracieuses subventions parentales, l’heure du retour sur investissement a sonné. Et puisque j’ai eu la bonne idée de m’assigner comme mission de changer le monde, autant m’y mettre tout de suite car j’ai du pain sur la planche.

Alors hier, j’ai eu la bonne idée de me mettre à chercher un travail. Au Cambodge s’il vous plait. Et pour un peu plus de 400 $ par mois qui plus est. Oui je sais je ne manque pas d’air de réclamer un salaire correct, alors même que je bosse pour le salut des pauvres. Sauf qu’a la relecture de cette phrase, et si l’on y réfléchit bien, ma requête est d’une logique cartésienne, imparable. Vous me direz si vous avez saisi mon raisonnement.

Un jour plus tard, je fais le bilan de mes recherches :

–          J’ai envie de pleurer quand je lis une offre de poste

–          Je suis incapable d’expliquer quelles sont mes compétences, ni ce que ce mot signifie

–          J’actualise toutes les 10 minutes ma boite de réception pour constater avec désespoir que les trois candidatures envoyées la veille n’ont toujours pas obtenu de réponse

–          Pétrie d’angoisse je n’arrive pas à me souvenir pourquoi je n’ai pas fait une école de commerce ou une troisième année de prépa et l’ENS

–          Je recherche désespérément une case à cocher pour filtrer ma recherche entre « Accounting », « Computer development », « Health/Medical » et « Law »

–          Je me sens comme une merde internationale

Et soudain je constate avec horreur que j’y ai succombé. Oui, j’ai succombé a ce mal latent chez une génération de jeunes a qui on a répété la même rengaine depuis l’obtention de leur baccalauréat : « Ya pas de débouchés », « Ca paye pas », « Le chômage augmente, surtout chez les 18-25 ans », « Fais une école de commerce », « Alfred, diplômé du Master de Sciences politiques de la Sorbonne enchaine les CDD chez Starbuck depuis 2 ans », « Estelle, BTS communication et MBA dans une école de journalisme, est pigiste au Journal des Flandres et serveuse le week-end », « Laura, après un master dans l’humanitaire, est en stage a la Croix-Rouge depuis un an et gagne 417 euros par mois a Paris ». Etc.

Je m’étais jurée de ne pas me laisser prendre a cette logorrhée lobotomisante et voila que je me retrouve le nez dans mon propre combat intérieur entre croire les autres, et croire en moi.

Et merde…

Phnom Penh by night – part 2

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Samedi. 19h (je passe à l’heure française). J’ai eu une journée très productive malgré tout ! Je suis allée visiter le musée du génocide et je n’ai même pas vomi malgré ma gueule de bois (qui était minime en réalité, paradoxalement proportionnelle au prix de l’alcool consommé la veille, le monde est bien fait). J’ai passé deux heures à attendre ma pédicure mais j’ai les doigts de pieds plus jolis que jamais (ce qui ne veut pas dire jolis pour autant). Bon certes j’ai passé une heure affalé dans un lit avec Chloé et Christian, personne n’est parfait.

20h. J’ai faim. On décide d’aller se gaver de cuisine khmère à Romdeng, un des restaurants géré par l’ONG qui m’emploie. En entrée, histoire de, on prend des tarentules grillées, la spécialité du chef. Hmm c’est pas mal, ça croustille, la sauce au poivre m’arrache la gueule. Un cuistot arrive tout sourire avec une boite en plastique remplie d’araignées immobiles mais bien vivantes. Il en sort une, je recule de 3 mètres. Chloé fait preuve d’un sang-froid extraordinaire et en laisse grimper une sur sa main. La connaissant, je recule quand-même de 3 autres mètres. On range la bêbête dans sa boiboite, je ressens presque une pointe de compassion pour ces petites bestioles poilues qui ne manquent finalement pas de charme et qui vont finir dans l’huile de friture. Avant de partir Hadrien ecrit sur le formulaire de satisfaction « Vous etes vraiment pas cools les gars. Signe : Spider-man. », ce qui nous fait beaucoup rire. On est vraiment trop droles.

L’estomac bien rempli, direction le Memphis, un bar ou se produit régulièrement un groupe de Cambodgiens qui reprennent les tubes des années rock-pop. Je ne suis pas particulièrement fan des Pink Floyd mais quand le chanteur à la peau tannée et aux yeux bridés (un Khmer quoi) se lance dans une reprise de The Wall qu’il interprète à la per-fe-ction, entouré par sa bande de musiciens virtuoses, je sens un frisson délicieux me parcourir le corps et je n’ai qu’une envie, c’est de hurler à la mort : « Hey ! Teachers ! Leave our kids alone ! ». Ce que je ne me retiens pas de faire d’ailleurs… Puis, c’est la consternation. On est trois à se rendre compte au même moment qu’on a plus un rond dans notre portefeuille. Ben oui, on a beau être dans le Tiers-monde, faire la fête, ça a toujours un coût. Quoi qu’on fasse ce soir, ça sera for free. Après avoir dansé sur U2, Dire Strait et les Pink Floyd, les musiciens rangent leurs instrus et on se retrouve au Top Banana – zut, les verres sont payants. On en boit pas. – puis au Liquid, où heureusement le billard est gratuit. Antoine et Hadrien disputent une partie délicate avec les jolies serveuses qui finissent par l’emporter – bon, elles ont un peu triché, elles ont soufflé sur une boule pour qu’elle rentre, mais on est fair-play. Le bar ferme, s’en-suit une conversation interminable entre 8 personnes qui veulent chacune aller à un endroit différent. Par miracle, on arrive à ne se séparer qu’en 2 équipes, je fais partie de celle qui rentre faire dodo. C’est que demain je dois bloguer moi !

Foi de clubbeuse débutante, je m’en souviendrais de ce week-end ou j’ai mangé des araignées, vu en concert le clone khmer de David Gilmour, suis devenu Shakira l’espace de 3 chansons et ai même pas eu la gueule de bois avec du whisky à 1,50 $ la bouteille. Phnom Penh by night, comme dirait Christian, c’est vraiment «trop d’la balle ! ».

Phnom Penh by night – part 1

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Le week-end, les soirées à Phnom Penh, c’est bien plus qu’un moment de détente entre amis ou une partie de plaisir. C’est tout un concept. Mieux : une institution. Un brassage coloré de cocktails détonants, de musiques impérissables, de rencontres improbables, de courses en moto dans la ville endormie, d’expériences inédites, de découvertes et surtout de bonnes grosses barres (de rire je précise) !

Ce week-end était particulièrement représentatif de tout cela alors j’ai décidé de vous faire un topo sur la question.

Vendredi, 7:30 p.m. Dégustation de sangria sur la terrasse avec ma nouvelle famille : la bande des 6 colocs et 1 ou 2 amis triés sur le volet. 8:30 p.m. Il est temps de se rendre à Soirée n°1 qui commençait à 7.30 p.m.

9 p.m. Pause vitaminée, on s’achète dans un boui-boui de quoi tenir la soirée : du whisky à 1,50 $ la bouteille et 3 litres de Big Cola. 9.15 p.m : on arrive enfin. C’est la crémaillère d’une amie de ma coloc et une quinzaine de personnes s’agglutinent sur sa terrasse, boivent des bières et mangent des rouleaux de printemps. On se compose tant bien que mal quelques « whisky-coca » et nous voilà partis : on tchatte, on papote à droite à gauche comme des desperate housewives au club de bridge. Quelques verres plus tard, on ressemble plus à une bande de piliers de comptoir avec un coup dans le nez.

11 p.m. Soirée n°2 nous appelle. Ou plutôt on appelle Soirée n°2, via la collègue de nos colocs qui connait un des mecs qui fait partie de l’équipe d’organisation, pour savoir où ça en est. Réponse : ça commence à peine ! On est partis. Problème : on est 12 personnes pour 2 motos. Pas grave, un tuk-tuk passait par là, on s’entasse à 6 dedans et les autres se serrent. 3 par moto? Bien sûr que ça passe! En route.

11.30 p.m. On arrive à Soirée n°2, c’est-à-dire sur un roof-top de 40 m² peuplé d’expatriés. Je passe à la vodka-orange. On s’éparpille, certains partent à la chasse, d’autres cherchent les toilettes (devinez qui). Je croise une collègue de boulot avec qui je passe un accord tacite : ce qui se passe sur ce roof-top reste sur ce roof-top… On prend plein de photos parce qu’on est souls et qu’on s’adore encore plus que d’habitude. Une heure, 3 vodka-pomme, 2 bouteilles cassés (pas par moi), 3 pipis et au moins 35 minutes de rigolade plus tard, je retrouve mon équipe pour faire le point. Bilan des courses : on s’arrache. Non pas qu’on est pas bien sur ce roof-top, au contraire. Mais bon au Saint-Tropez, ya la clim et on peut danser.

Phnom Penh compte un bon nombre de boites de nuit, certaines remplies de Khmers, exclusivement, avec parfois une exception pour une bande d’expats égarés. D’autres attirent plutôt les vieux-blanc -sales et les jeunes-putes-pauvres. Ce soir on va aller dans une boite qui ne répond pas vraiment à l’une ou l’autre de ces description : Saint-Trop’ baby ! J’adore ce club. Ses grandes colonnes blanches qui supportent le miroir au plafond créent un décor très helléniste, la clim à fond les ballons me rappelle la fraicheur de mon Nord natal et les tubes des années 2011 remixés Khmer style enjouent une population cosmopolite sur une piste de danse surchargée. Exit élastique qui retient ma tignasse moite, exit dignité, exit self-control, exit fatigue. Le temps de quelques chansons je me prends pour Shakira dans le clip de Waka Waka (j’ai pas vu le clip mais j’imagine).

2 p.m. On se retrouve en effectif réduit au Pontoon, autre boite branchée de Phnom Penh ou la clim est moins fort et la musique, moins familière (exit Shakira). Au bout de dix minutes, on a perdu la moitié de la bande et on est plus que 4 à se trémousser sur le dance floor. Soudain on se souvient que notre seul repas de la soirée a été une moitié de spring roll, deux tranches de banane séchée et trois cacahuètes. Urgence burger ! On sort dans la moiteur nocturne à la recherche de notre salut  gastronomique et on se retrouve à s’enfiler goulument frites et hot-dog dégoulinant de ketchup-mayo sur le trottoir.

4 p.m. C’est l’heure de rentrer. A la maison, retour à la case départ : la terrasse, où on retrouve notre coloc et sa guitare. Dialogue de souls. On parle de vomi.

4:45 pm. Je me suis endormie sur le canapé, puis dans le hamac. Je me décide enfin à regagner mon lit.

Noir.