De l’art de sortir sa moto du parking

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Au Cambodge, le moyen de transport officiel, c’est la moto. Tout le monde en a une depuis son plus jeune âge. A l’âge où nous, petits occidentaux candides, enlevons avec délices les roulettes stabilisatrices de notre vélo, eux actionnent déjà la pédale des vitesses avec dextérité pour se faufiler habilement dans le chaos du trafic.

En tant qu’expatriée respectueuse des us de son pays d’accueil, je me suis pliée à la coutume locale : j’ai acheté une moto.

La moto c’est fun. Ça va vite, le vent vous fouette le visage et fait virevolter les trois mèches de cheveux qui s’échappent de votre casque. C’est ludique car il faut se frayer un passage en évitant le télescopage avec une voiture, un vélo, un piéton. Savoir forcer le passage, toujours avec le sourire – on est au Cambodge tout de même. On peut remonter la rue à contre-sens, griller les feux rouges, ignorer les panneaux, éviter une amende avec un sourire et trois mots de khmer… Enfin bref, la moto, pour les expats, ça fait vraiment partie des attraits de ce pays : c’est marrant et en plus, c’est classe.

Mais ce qu’on ne dit pas sur la moto, c’est qu’une fois le moteur coupé, ça devient vraiment, comme disent les anglophones, a pain in the ass. Et que souvent, remuer cet engin de 200 kilos relève à la fois d’un sport, d’une science et d’un art.

D’un sport, parce que 200 kilos de ferraille et de caoutchouc, ça vaut quand-même son pesant de cacahuète, et que pour manipuler la bête, il vaut mieux avec de bon biceps, triceps et autres ceps.

D’une science, parce que quand on est parvenu à résoudre l’équation pour trouver le bon angle pour le guidon et le degré d’inclinaison adéquat pour réussir à extirper la bécane de son enchevêtrement avec ses pairs, on se sent un peu comme Einstein découvrant que E est égal à MC2.

D’un art parce que voir un (ou une) Khmer(e) réussir une sortie de 12 mètres en marche arrière dans un parking encombré de moto, avec une maitrise telle que jamais son rétroviseur ne heurtera un guidon ni que sa roue écrasera un pot d’échappement, est un spectacle d’une grande beauté. Personnellement, moi j’applaudis.

L’autre jour je sors du bureau et immanquablement, une espèce de tank est affalé sur ma petite Yamaha. Prenant mon courage à deux mains, je me mets en tête de déplacer l’engin. M’échinant, dégoulinant, ahanant, je pousse, je tire, je me cramponne, rien n’y fait. Cinq minutes plus tard, je me suis prise le repose-pied dans le tibia, le guidon dans le ventre et j’ai le pied écrasé sous la roue. La moto, elle, n’a pas bougé d’un centimètre.

Heureusement c’est le moment que choisis notre réceptionniste pour venir m’aider. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, il déplace trois motos comme s’il s’agissait de boites à chaussures, et libère l’objet de tant d’efforts vains de sa prison d’acier.

Bon ok, niveau intégration culturelle, j’ai encore quelques ceps à développer…

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