Complainte batracienne

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Siem Reap, Green Town guest house, 2h du matin. Epuisée par une journée de vieilles pierres et de végétation envahissante, je dors profondément quand soudain… « Hhhiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnck !!! » : un grincement épouvantable déchire le silence de la nuit et me réveille. Suivi d’un autre, sur un autre trémolo, et d’un autre, et d’un autre… Je peste intérieurement, consciente du calvaire à venir. Satanés grenouilles !

Enfin, on m’a dit que c’était des grenouilles. Moi je parierais plutôt – et j’ai eu tout le loisir de murir mon idée durant mes deux heures de délire insomniaque – sur un quatuor de crapauds flasques et ventripotents de la taille d’un chat, à la mine patibulaire, vêtus de veston en queue de pie vert-bouteille délicatement assortis à leur couleur boueuse, et de haut-de-forme sinistres, déclinant leur mélodie morbide sur des sortes de violoncelles à une corde en forme de tête d’alligator. Quel orchestre cauchemardesque dont me voilà réduite à écouter le concert insupportable composé de trois notes lugubres entrecoupées de courtes trêves silencieuses et de mauvaise augure… La fenêtre est déjà fermée et je n’ai bien entendu pas pensé à emporter mes boules quies. Il n’y a donc rien à faire contre cette mélopée glauque qui a sans doute été composée dans le royaume de Satan. J’endure donc dans la souffrance la complainte des batraciens et sens mes camarades de chambrée se débattre dans un demi-sommeil pour ne pas passer du côté conscient de la barrière.

Au bout d’une heure nos musiciens de l’enfer décident de s’accorder un temps de répit. Un petit entracte pour se laisser le temps de se détendre avec un rafraichissement et un snack (entendez un peu d’eau croupie et trois vers de terre). Ben oui, la musique à macchabés, ça creuse. Conscience que la trêve sera de courte durée je tente désespérément de profiter du silence pour me rendormir fissa et ne pas avoir à souffrir la 2ème partie du récital, mais étant entre temps devenu neurasthénique, narcoleptique et suicidaire, j’ai toujours les yeux grands ouverts sur le plafond lorsque les musiciens reprennent leurs instruments au bout de 10 minutes, ainsi qu’une furieuse envie de me jeter par la fenêtre. Les moustiques eux-aussi deviennent complétement tarés et attaquent chaque partie de mon corps qui dépasse du drap, comme si j’étais moi-même responsable de ce cauchemar auditif.

Au désespoir je sors sur la terrasse dans le fol espoir d’y trouver une grenade à balancer dans les fourrés pour faire sauter la bande d’amphibiens et leurs instruments de torture et mettre fin une bonne fois pour toute à cette cacophonie funèbre. Ne trouvant rien de la sorte, je me retrouve à fumer des cigarettes accoudée à la balustrade en espérant que la fumée m’étourdira suffisamment pour me faire oublier cette musique morbide et me redonner le goût de vivre… et de dormir.

Dans mon délire je suis sûre d’une chose : demain, après une journée de travail sûrement brumeuse, je retourne dans le restaurant où ils servent des cuisses de grenouilles au barbecue, j’en commande une plâtrée et je les bouffe jusqu’à la dernière miette avec une fureur vengeresse. Ensuite je vais voir le patron des lieux pour lui suggérer d’aller faire une descente au Green Town guest house. Même si la bande de crapauds, à la chair sûrement aussi insipide que leur mélodie, ne fera pas le régal des papilles des clients, ça rendra au moins un sacré service à une paire de résidents insomniaques.

Na !

"

  1. beurk beurk beurk.
    sur twitter, il y a un compte qui s’appelle @vivreaucambodge, tu devrais peut etre y faire un tour pour voir !
    je m’en vais dormir avec le ronronnement de mon ballon d’eau chaude. au moins, c’est continu et ca ne bave pas…

    • Pia je viens de me souvenir de ce commentaire, le mec qui ecrit le blog vivre au cambodge et surement les tweets qui y correspondent est le dernier des connards, suffit de lire les deux derniers articles de son blog pour s’en rendre comte. Il se prend pour un Dieu alors qu’il a pas de cervelle, il parle des Khmers comme si c’etait des decerebres et ne sait pas ecrire qui plus est. Donc non je ne creerais pas un compte twitter pour suivre ce type que j’attends de croiser pour lui dire ce que je pense de sa prose detestable. Mais merci de l’info🙂 J’espere que tu vas bien, biz

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