Les vacances, chapitre 2 : Chutes et chute

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On a quand-même fini par arriver à destination et par trouver une guest-house pour passer la nuit.

Le lendemain, nous avons dans l’idée d’aller visiter les chutes de Stung Phong Roul, situé à une heure de moto environ. Après quelques kilomètres de route, on se retrouve sur une piste de terre rouge et on passe en mode rodéo. Je me sens comme un personnage de jeu vidéo qui doit traverser différents mondes et lutter contre moult dangers avant d’arriver dans le monde merveilleux des cascades enchantées. Je n’ai jamais été très douée pour les jeux vidéo mais dans la vraie vie, c’est beaucoup plus marrant – et beaucoup plus dangereux. Je traverse sans encombre le monde des nids-de-poule grands comme des mares entre lesquels il faut slalomer allègrement. Un plouf équivaut à 5% de moins sur la barre de vie et à un risque de chute, ce qui coûte beaucoup plus cher. Ensuite il y a le monde de la boue qui aspire les petits pac-man en herbe à la moindre chute. Tomber, c’est automatiquement perdre une vie.  Concentrée à l’extrême, je me force à ne pas paniquer en sentant ma roue arrière chasser tous les 5 secondes et traverse les mares de boue sans prêter attention à la couche de terre qui recouvre mes mollets. Après le monde de la boue vient le monde des énormes rochers menaçant qui affleurent sur le chemin et sur lesquels il faut rouler sans perdre l’équilibre même si on décolle régulièrement de plusieurs dizaines de centimètres. Une chute équivaut à un gros bobo et, dans la version virtuelle, un peu de sang qui gicle. Dans tous les cas, il vaut mieux trouver une trousse de secours pas loin. Régulièrement on croise d’autres personnages qui, moins chanceux, tracent leur route sur de bien plus petites motos. Mais comme ils sont khmers, ils sont quand-même vachement plus forts. Des fois on traverse des ponts aussi, et là le plouf dans l’eau, c’est game over.

Dans la vraie vie, je n’en ai qu’une. Donc le game over n’est pas envisageable et je n’ai pas d’autre choix que de gagner le jeu et d’arriver en un seul morceau dans le monde merveilleux des chutes enchantées.

On gare enfin nos engins. Il nous reste d’après le Lonely Planet 20 minutes de montée à pied. Une heure et demi plus tard, on a toujours pas vu l’ombre d’une chute. Arrivés au sommet se pose la question de faire demi-tour, lorsqu’un bruit de pick-up se laisse entendre. Nous voilà bientôt tous installés à l’arrière du véhicule qui redescend la pente de l’autre côté en brinquebalant dangereusement. Nous nous cramponnons à ce qui ressemble à une petite tête de grue pour ne pas passer par-dessus bord.

Enfin arrivés au lieu-dit, quatre km plus loin, c’est la désillusion. En guise de chutes, nous voilà face au barrage de Kirirom III, construit par les chinois durant les 6 derniers mois. Certes, il y a bien de l’eau qui se déverse pour tomber 200 mètres plus bas dans un bassin, mais entre des pylônes en acier et sur une pente de béton, c’est quand-même vachement moins sympa. C’est d’ailleurs très moche.

On prend les choses à la rigolade mais quand-même, j’ai le cœur un peu serré. Non pas parce que j’ai risqué 20 fois ma vie pour rien, mais parce que je me dis qu’un jour, peut-être, le monde merveilleux des chutes enchantés n’existera plus nulle part sur terre… J’aime pas les chinois.

Dans notre jeu à nous, il faut retraverser les mondes en sens inverse. Après une telle déception, je me sens un peu découragée et beaucoup moins concentrée. Résultat, en traversant un énième passage de terre humide, ma roue arrière dérape, je perds l’équilibre, je freine, la moto cale et s’étale avec ses deux passagères dans la boue épaisse. Pas de bobo, on avait une bonne couche pour amortir notre chute. Mais maintenant la moitié de nos affaires est trempée, et l’autre rouge de boue. Vives les vacances !

"

  1. Tu sais que la route est longue longue et semée d’embuches, avant de trouver le Saint Graal, Percevaline. Ceci était le passage du gué de la mort, oùtu as croisé, pour une énième fois, Keu, petit et jaune dans des habits larges, et qui, sous son chapeau pointu, du haut d’un barrage solide, te lançait comme à l’accoutumé, son regard haineux et rieur qui se délecte tant de ne pas avoir vu le tien, satisfait et repu de belles images d’une humanité sauvée.
    Courage.

  2. Pingback: Voila ce que c’est que de vouloir aller a Kampot en moto « My Totebag

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