Archives Mensuelles: octobre 2011

Anecdote

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Mon bureau jouxte la maison de l’homologue cambodgien de, disons, Alain Delon– interprétation purement personnelle basée sur mes observations fugaces de cette homme qui véhicule un message du type « J’étais plutôt pas mal étant jeune mais aujourd’hui j’ai un peu perdu de ma superbe et j’ai de l’embonpoint ».

La fenêtre de mon bureau donne directement sur sa terrasse. Je ne sais pas exactement ce qu’il fait de ses journée a part vivre de la rente de sa gloire passée, mais en tous ca tous les après-midi a 16h09 pétantes (je verifie tous les jours !) il sort sur ladite terrasse pour entretenir sa plastique ramollie et faire un peu d’exercice. Et pour se donner du courage et rythmer le coup de pédale sur son vélo d’appartement, il met un peu de musique. Et attention, pas n’importe quelle musique. Au Cambodge on est étonnamment au top sur les tubes des années 2011. Le Tiers-Monde c’est plus ce que c’était…

Bref je finis toutes mes après-midis sur Lady Gaga, Justin Bieber, Britney, Jennyfer Lopez et le remix de la Lambada, les Black Eyed Peas… et parfois la bande originale de Titanic.

Ca plus son stepper qui grince… Au moins ca me donne une bonne excuse pour ne pas être concentrée sur mon travail.

Alala c’est trop dur de côtoyer les stars !

Le peuple du sourire

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Evidemment, le Cambodge ne va pas sans les cambodgiens – également appelés « Khmers » mais ca fait peur aux gens parce que souvent on a associe ce terme a « Rouge » et les Khmers Rouges, c’est horrifiant. On dira donc les cambodgiens pour ne pas foutre le bazar dans les stats de mon blog en vous faisant dresser les cheveux sur la tête.

Depuis mon arrivée au pays du sourire, je me demande comment un peuple aussi charmant a pu donner naissance à un mouvement dont la barbarie et l’absurdité ne souffrent aucune comparaison… Il faudrait peut-être que je lise le livre « Derrière le sourire khmer » pour comprendre ce qu’ils cachent.

Car le Cambodge abrite, à mon sens, un peuple exceptionnel aux qualités innombrables, même si j’avoue que j’ai parfois du mal à comprendre comment les choses fonctionnent dans leurs têtes.

Des mon arrivée je me suis sentie a l’aise avec eux, comme si les fosses culturels étaient ici faciles a franchir, les barrières sociales simples a abolir. Quel différence avec l’Inde ou, au moindre mot ou geste de travers on passe, au choix, pour :

–          Une fille facile quand vous êtes blanche

–          Une pute quand vous êtes blanche ET en un débardeur

–          Un Dieu quand vous dites que vous bossez dans une ONG occidentale

–          Un impertinent quand vous posez des questions a quelqu’un sur sa vie

–          Un porc quand vous touchez quelque chose avec la main gauche

–          Un snob quand vous préférez ne pas boire l’eau du robinet

–          Un portefeuille ambulant quand vous vous promenez dans la rue

–          Un grippe-sou quand vous refusez de payer trois fois le prix qui était convenu au départ

–          Etc.

Au Cambodge rien de tout ca. Il y a certes quelques vagues relents du culte du néo-colon mais on ne vous regarde pas dans la rue comme si vous descendiez tout droit du mont Olympe et on n’essaye pas non plus d’abuser de votre corps parce qu’on estime qu’étant blanc, celui-ci est en libre service. Le fait que Phnom Penh regorge d’occidentaux y est sans doute pour beaucoup. Mais quand-même, quand on sait a quoi ressemblait le pays il y a moins de dix ans, le chemin parcouru est ahurissant.

En fait ce que j’aime bien chez les cambodgiens, c’est qu’ils ont de la considération pour les autres êtres humains, pour le simple fait que ce sont des êtres humains et qu’ils les considèrent comme leurs semblables. Ils vont vous parler simplement, sans être guides par une curiosité malsaine ou des intentions obscures, mais juste parce que vous êtes un terrien comme eux et qu’ils trouvent ca sympa de venir tchatcher avec vous. Et si quelque chose dans votre attitude les emmerde, ils ne vont pas se gêner pour vous le dire. Avec un grand sourire.

De plus, les cambodgiens sont sympathiques non seulement avec les étrangers mais aussi les uns avec les autres. Le bouddhisme – ou la vie peut-être – leur a enseigne des valeurs de solidarité et de partage. Une amie me racontait par exemple qu’elle avait un jour donne un sandwich qu’elle n’allait pas mange a une gamine qui venait lui réclamer quelque chose à se mettre sous la dent. Une deuxième petite fille témoin de la scène est allée à son tour réclamé à manger à mon amie qui n’avait plus rien à lui donner. La première petite fille est alors venue voir la deuxième et a partage le sandwich avec elle. On n’assiste pas a ce genre de scène dans tous les pays en développement ou des enfants meurent de faim, c’est moi qui vous le dit !

Que vous soyez blanc, noir, jaune, quoi qu’il vous arrive dans la rue, de la panne d’essence a l’égarement, en passant par l’accident ou la roue crevée, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous prêter main forte. Suffit de demander. En cas de réorientation, il y a une chance sur deux que les indications données ne soient pas les bonnes mais l’intention y est toujours.

Par ailleurs, la première chose qui m’a frappée en arrivant au Cambodge, c’est la beauté de ses habitants. Oui les cambodgiens et les cambodgiennes forment un peuple de grâce. Je ne sais pas comment vous l’expliquer autrement. Leurs visages sont fascinants et démontrent une capacité fulgurante de changer d’expression en passant en une fraction de seconde de la joie béate a une profonde gravite. Certains enfants ont une beauté tellement bouleversante qu’on en aurait presque les larmes aux yeux, avec leurs longues tignasses noires, leurs regards insondables, leurs vêtements trop amples et leurs rires cristallins. Et les petits vieux et petites vieilles ont beau avoir des sourires édentés entre des dizaines de rides, ils continuent d’illuminer le monde autour d’eux.

En plus, je trouve les cambodgiens diablement intelligent. Ceux qui ont un minimum d’éducation savent vraiment en tirer profit, faire preuve d’esprit critique et s’attirer le respect. Le fait que le Cambodge soit – rappelons le – une « monarchie a tendance autoritaire » ne les empêche pas d’être loin de se confondre avec une bande de moutons apeures et dociles formates par un système politique corrompu. Ce sont des gens dignes, ils ne font pas la manche. Un chauffeur de tuk-tuk est prêt à refuser les billets que lui tend un occidental pour une course s’il considère qu’il se fait rouler dans la transaction.

Enfin les cambodgiens ont un humour irrésistible. Ce sont de vrais clowns et ils adorent rigoler. Ils feraient une blague de n’importe quoi. C’est un humour simple, à la bonne franquette. Bon j’avoue que quand l’objet de l’hilarité générale, c’est moi, parce que j’ai tente de bredouiller trois mots de khmer, je le prends un peu moins bien. Mais globalement, ils ont toujours une histoire sous le coude et on se fend vraiment la poire en leur présence.

Et le meilleur dans tout ca, c’est que les Khmers semblent déteindre sur les occidentaux de passage qui, quand ils ne sont pas en train de pester contre le moto-dop qui les a fait perdre 25 minutes parce qu’une fois de plus il ne savait pas ou il allait, ont tendance à se bonifier a leur contact…

Ben quand on voit des sourires partout autour de soi à longueur de journée, c’est difficile de rester longtemps énervé… même pour un français 🙂

Le coup de gueule de l’annee

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En panne d’inspiration je fais un peu de recyclage…

Comme je n’ai rien de mieux à faire au Cambodge que de lire les imbécilités que mes amis m’envoient, je suis tombée dernièrement en ébahissement/consternation devant un dossier de L’Express au titre très prometteur : « 111 raisons d’être optimiste pour la France ».

Ils sont trop drôles à L’Express.

Leur dernière trouvaille en date : tenter de remonter le moral de 60 millions de compatriotes abattus, défraichis et raplapla, minés par un été pluvieux, une économie croulante, un système politique bouffonesque, un néant de justice et d’égalité sociale, des valeurs morales en perdition… j’en passe et des meilleurs.

Mais l’Express ne s’en fait pas pour ça, ça n’est qu’un petit coup de blues, ça va passer. Au fond tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Et pour cause.

Alala ces français, jamais contents ! Mais heureusement l’Express est là pour nous dire comment retrouver la patate en 15 minutes au lieu de pleurer dans les chaumières…

Attention attention mesdames et messieurs, êtes-vous prêts à bondir de joie face à l’incontestable bonne fortune de la France ? Je vous préviens c’est un peu violent, mais je n’ai rien inventé, ni exagéré.

Petit extrait des 111 raisons de pourquoi on devrait tous être en train de danser la Carioca au lieu de faire la gueule devant le 20h de Pernaut :

–          Les français ont un gros sexe ! 16,10 cm en moyenne, chiffre à peine inférieur au record de 17,93 cm détenu par la République Démocratique du Congo .

–          De plus, grâce à leur énorme zizi, ces français parviennent à satisfaire 64% de leurs partenaires féminines qui se déclarent épanouies dans leur vie sexuelle. Personnellement, le fait que près de 40% des femmes ne trouve pas leur bonheur dans leur sex life ne me donne pas vraiment envie de sauter au plafond, mais selon l’Express c’est une bonne nouvelle alors réjouissons-nous !

–          Rassurez-vous les patrons et les actionnaires des plus grosses banques, entreprises et sociétés continuent de s’en mettre plein les fouilles ! C’est le cas de Renault qui – ouf je respire – a très peu souffert de ses accusations d’espionnage. C’est aussi  le cas de Liliane Bettencourt qui, scandale ou pas, continue de régner sans partage sur le leader mondial des cosmétiques qui n’est plus à nommer. C’est enfin le cas d’Edf, Vinci, BNP Paribas, Total, Veolia, Vivendi, Areva, Danone, Publicis, Alstom, Sodexo, Carrefour, Axa, Sanofi-Adventis, Lararge et autres « champions » dont la France peut, apparemment, « s’enorgueillir »… Les industries du cinéma, du jeu vidéo et surtout du sport ne sont pas en reste et continuent d’engranger chaque année des milliards de dollars de bénéfices. Tout baigne.

–          Mais mais mais… le plus génial dans tout ça, c’est que tout ça est possible grâce à nos petites mains de travailleurs car nous possédons le taux de production le plus élevé au monde : (ça se calcule en dollar ça va de soi) 2,51 dollars par jour ! Bravo les français !

–          Ah, une autre nouvelle réjouissante : les étrangers adorent le fromage français, et surtout… La Vache qui Rit !!! Ce « délicieux » « fromage » a conquis le monde entier et la société Bel qui le produit peut donc continuer à ruiner les producteurs laitiers français sans se faire trop de mauvais sang. Alléluia.

–          En parlant d’agriculture, les grandes coopératives agricoles françaises ont atteint des tailles « mondiales ». Je ne comprends pas le concept mais j’imagine que ça veut dire que les petits producteurs continuent de disparaitre, phagocytés par la grosse machine capitaliste, donc tout va bien !

En vrac, quelques autres raisons de se réjouir :

–          Pinault est 8ème au rang des 200 collectionneurs d’art les plus influents du monde (celui qui a vidé les locaux de La Redoute de ses salariés et doublé ses dividendes ? Ah mais l’art ça n’a pas de prix…)

–          La Tour Eiffel se fait dégommer dans tous les films catastrophes (ça montre qu’elle est célèbre, le scoop!)

–          De plus en plus de français regardent la télévision sur internet ( ?!?!?!)

–          Le petit village de Bugarach dans l’Aube abrite une communauté d’illuminés qui craignent l’apocalypse de 2012 et viennent quémander la protection des extraterrestres du coin

–          Nous avons UNE ferme bio vivant en totale autarcie sur un caillou de la mer d’Iroise dans l’archipel de Molène (yeah!).

–          Le prix du jambon beurre a baissé de 5 centimes parce qu’il est maintenant commercialisé sous vide dans les grandes surfaces

–          Le train est notre meilleur produit d’exportation (s’il pouvait marcher ici ça serait pas plus mal)

–          1 britannique sur 5 aurait préféré vivre en France (faut pas demander l’état de désolation qu’ils ont dû atteindre de l’autre côté de la Manche)

–          Et… Carla Bruni est enceinte ! (oui cet article date un peu…)

Bon j’ai quand-même relevé DEUX bonnes nouvelles :

–          Tintin en Amérique a été traduit dans (presque, faut pas pousser) toutes les langues et dialectes de la planète (sauf qu’il est Belge mais bon…).

–          Et nous, privilège de français, pouvons aller soigner notre dévorante morosité sur les plages brésiliennes en buvant de la Cachaça pendant 90 jours sans même avoir besoin d’un visa !

Elle est pas belle la vie ?

La rentrée des classes

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Trêve de baratin pseudo-socio-économico-politico-philosophique, ma poche a idées est pleine a craquer. Retour a l’essentiel, a ce qui, j’en suis sure, vous importe vraiment a vous lecteurs de ce blog : ma vie ! Extraordinaire rappelons-le.

Il y a deux semaines, j’ai fait ma… 22eme rentrée des classes. Oui car dans ma vie extraordinaire, les mois de septembre sont tous rythmes par la même routine : les fournitures, le cartable, les chaussures brossées, la tenue de rentrée, la nouvelle maitresse, les cheveux tresses…

Euh… En fait tout bien réfléchi ca fait un bail que mes rentrées des classes ressemblent plutôt a :

–          10h : « Hmm c’est aujourd’hui la rentrée ? Zut j’avais pas compris que les vacances etaient deja finies. »

–          14h : « Psssit t’aurais pas un stylo à prêter ? Une feuille aussi t’aurais ? T’aurais l’heure par hasard ? C’est quoi comme cours la ? T’as pas un chewing-gum ? Un mouchoir ? »

–          16h30 : « J’aurais pas mis mon tee-shirt a l’envers par hasard ? »

Enfin bon c’est n’importe quoi, bienvenue a la fac.

Parenthèse. Car j’en soupçonne quelques uns d’être complètement largues, genre « Mais qu’est ce qu’elle fait au juste ?! Stagiaire ? Chômeuse ? Etudiante ? C’est à n’y rien comprendre !».

Pardonne-moi cher lecteur, ma vie est effectivement un peu complexe à suivre de loin.

Figurez-vous qu’après 6 années d’études mi Lettres et sciences humaines, mi Sauvage de monde, ma grosse tête n’est toujours pas repue et réclame toujours plus de connaissance à emmagasiner. Elle m’épuise. Fort de ces 6 années de travail inutiles (ok je sais lire, écrire et sauver le monde. Franchement qui va m’embaucher ? Personne) et de mes infructueuses recherches d’emploi, je décide cette année de prendre mon avenir en main et de faire enfin quelque chose d’utile… : du BUSINESS ! Paraitrait qu’il serait social. En tous cas c’est ce pour quoi j’avais signé mais c’est pas ce qu’indiquait l’intitulé du master écrit en lettres capitales sur le tableau Velléda le jour de la fameuse rentrée. Y avait juste marqué : « Entreprenariat et gestion de projets ». Le social dans tout ca il est passe ou ? Pas compris.

Bon au final, toute cette petite histoire ne change pas grand-chose à mon statut de stagiaire/chômeuse-en-puissance puisque les cours ont lieu le soir et le week-end pour nous laisser le temps d’exercer une activité professionnelle a cote. Donc j’ai toujours désespérément besoin d’un job ! (je sais pas moi, peut-être qu’a force de le dire il va me tomber du ciel)

Bref.

Pour bien commencer l’année, on a joue à un super jeu : un business game (jeux d’entreprises pour les non bilingual). C’était pas, mais alors pas DU TOUT, amusant. En résumé, il fallait, en groupe de 4 ou 5, incarner une entreprise qui fabrique 3 types de bateau : le bateau A, le bateau B et le bateau C. Jusque la, trop facile. Sauf qu’après il fallait décider combien de bateaux on voulait vendre, de quel type (type A, B ou C ?), sur quel marche, a quel cout, avec combien de vendeurs, avec quel stratégie marketing, avec combien de machines de production, etc.

En gros c’était une grosse histoire de cost managing, de cash basis accounting et de record-keeping, ce qui pour moi rime avec panicking, suffering et boring.

Bon la je fais semblant d’avoir pige quelque chose a la compta analytique en anglais, en fait j’ai juste traine sur la page comptabilité de word reference (site que d’ailleurs je recommande chaudement a ceux dont les faibles bases d’anglais ne leur permettent pas de décrypter la phrase précédente).

J’ai un peu boude le jeu, j’ai un peu compris des trucs aussi, et l’essentiel est qu’on ait réussi à sauver l’honneur en arrivant… avant-dernier ! Fiou !

Apres 3 jours passes à m’amuser comme une folle, j’avais compris dans la douleur que si je voulais faire un jour du business, tout social soit-il, il faudrait bien un jour que je comprenne ce qu’est un balance sheet, un discount rate ou un overdraft.

Donc bim, plongée au cœur de l’aventure universitaire cambodgienne !

Les cours commencent à 18h. C’est-a-dire que quand on arrive a 18h05 en cours parce qu’on est bien élevés mais que quand-même on est au Cambodge, il y a trois élèves dans la salle et pas l’ombre d’un prof.

Bon, le cours commence à 18h15 après 40 branchements et débranchements du rétroprojecteur incompatible avec l’ordi du maitre, et le dernier élève arrive généralement autour de 18h45.

Le premier cours était très marrant. Au Cambodge, ou il y a plein de riches – faut pas croire – qui admirent le travail de feu Steve Jobs, on projette les cours avec un Iphone. Sauf que dans ce pays trop high-tech, le réseau internet couvre jusqu’à l’université, ce qui fait que immanquablement le phone trop smart de notre prof avait réussi a se connecter tout seul a internet et, cela va sans dire, a facebook.

Le cours commence donc, a 18h15.

18h30, 1ere notification : Votre connexion internet a été établie.

18h45, le dernier élève arrive en même temps que la 2eme notification : Votre batterie est bientôt vide, pensez à brancher votre téléphone (Le prof continue de débiter son cours en tournant le dos a l’écran).

19h05, 3eme notification : Facebook : Un-nom-de-fille-khmer, a commente votre photo : « Hhmmmmmmmmmmmmmmmm ? »…

Bien sur, hilarité général dans la classe. Le prof lui ne grille rien et poursuit sa conférence.

19h07, il se retourne enfin vers la projection et, prenant note de l’objet de la jubilation de ses élèves, il se retourne vers nous et nous dit sur un ton plaisantin : « C’est qui celle-là ? Je la connais pas. De toutes façons sur facebook j’accepte tout le monde. J’ai 2000 amis. »

Lol

19h25, 4eme notification : Facebook, Un-nom-de-mec-khmer, vous a demande comme ami. « Vous connaissez cette personne ? », nous demande le prof. « Moi pas. Allez je l’accepte ».

Enfin bon c’était marrant quoi.

Le lendemain, le même prof est arrive en cours avec… un Ipad. J’ai eu l’impression de regarder un film promotionnel en accéléré sur la rapidité de l’évolution des productions technologiques d’Apple. On arrête pas le progrès.

Dans notre classe ils sont d’ailleurs tous super high-tech, tous les élèves possèdent soit un Iphone, soit un Blackberry qui en revanche ne connait pas le mode vibreur. Quand leur téléphone sonne en plein cours, ils décrochent, normal.

Je crois que les khmers de notre classe sont un peu riches. Mais bon je les aime bien quand-même, ils ne manquent pas d’esprit critique. Par exemple quand un prof ressortissant du gouvernement vient nous faire un cours sur les bienfaits de la présence des chinois et des coréens qui construisent des hôtels de luxe sur les iles sauvages du Cambodge, certains en arrivent a contredire le prof en rétablissant la vérité sur le fait que non ca ne crée pas forcement des emplois locaux, que oui ca détruit l’environnement et le paysage et que non le but recherche a tout ca n’est pas le développement du Cambodge mais juste, ben, se remplir les poches. Je savoure.

Pendant ce temps la, les 9 français de la classe squattent les bancs du fond et jouent au Snake avec leur Nokia 3310.

Aucun respect pour le maitre et pour Steve Jobs. La rentrée des classes, c’est vraiment plus ce que c’était.

L’Avenir est grand mes enfants !

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A tous les pessimistes.

Quelle époque merveilleuse sommes-nous en train de vivre. Quelle chance incroyable se présente à nous aujourd’hui.

Un nouveau monde est en train de naitre ou tout est à réinventer: la façon de gagner de l’argent, de pratiquer le pouvoir, de faire ses courses, de se déplacer, de travailler, d’habiter, tout comme le regard qu’on porte sur soi-même, sur autrui et sur le monde qui nous entoure.

D’un système violent ou l’individualisme et la loi du plus fort prédominent depuis trop longtemps, de plus en plus de voies s’élèvent chaque jour pour réclamer un système qui a du sens, une humanité et une nature remises au cœur des préoccupations économiques et politiques. Dans le monde entier des hommes et des femmes se lèvent pour réinventer un système qui a aujourd’hui atteint ses limites.

Qui n’en a pas marre de la dictature de l’argent ? De la loi du profit ? De la misère humaine ? Des inégalités et des injustices ? De la destruction de notre environnement ? Du pillage de nos ressources ? De l’avidité ? De l’esclavage ? De l’indifférence ? De la corruption ?

Vous n’y croyez pas ? Ouvrez les yeux, un journal, des livres, la télévision, une page internet… Le changement est partout, il s’infiltre insidieusement dans nos vies et vient panser les lésions de ce système comme un baume léger et infiniment réparateur.

A toutes les échelles, des choses se passent. Des choses qui nous rappellent que rien n’est inéluctable, que ce qui paraissait impossible hier semble aujourd’hui probable, voire souhaitable et surtout faisable.

Les dictatures s’écroulent, les pauvres ont accès au crédit, les catastrophes naturelles savent être surmontées avec courage et dans la dignité, l’environnement devient un combat politique légitime en même temps qu’il prend une part de plus en plus importante dans la vie de chacun, les consommateurs réfléchissent au chemin parcouru par un objet avant de l’acheter, la voiture est discréditée, les banques ne poursuivent plus toutes un objectif uniquement financier, les femmes prennent le pouvoir, un noir est a la tête des Etats-Unis, les investisseurs se soucient de l’impact social de leurs projets, de petites structures redonnent une place a l’agriculture paysanne et familiale qu’on croyait révolue, une génération de jeunes entrepreneurs sociaux ambitieux et visionnaires voit le jour, de nouvelles formations apparaissent, on s’indigne et s’insurge dans le monde entier, tout le monde recherche un nouveau sens a cette vie.

A cote de cela le système s’écroule et on cherche à le sauver. Mais tout cela a un gout de désespoir, de dénégation, de refus de voir la réalité, de terreur face au changement. Pourtant, ‎ »Il me semble que l’idéologie a changé de camp: l’utopie est de vouloir continuer à avancer selon ces schémas inefficaces, le réalisme est aujourd’hui d’envisager des changements radicaux. » (Jean Marc Borello, fondateur du groupe SOS).

On oublie trop souvent notre responsabilité d’homme. On préfère rejeter la faute sur le système, la politique, la crise. Mais derrière chacun de ces phénomènes, il y a des décisions. Derrière chacune de ces décisions, il y a des hommes. Tout commence et tout fini au même endroit : aux choix que feront les hommes et les femmes de ce monde.

La crise que l’on traverse est une formidable opportunité de tout reprendre à zéro, de saper des bases que l’on croyait solides et qui s’avèrent croulantes et d’en construire de nouvelles. Elle restera une fatalité tant que l’on attendra passivement qu’elle passe et que tout redevienne comme avant. Rien ne sera plus comme avant. Derrière cette crise, il y a des hommes, il y a chacun d’entre nous. Des solutions existent. Inventons-les.

Dans ce monde il y a de plus en plus de place pour quelque chose de nouveau, de révolutionnaire, de bouleversant, d’incroyable. D’aucun s’entêtent a prétendre le contraire pendant que d’autres surmontent les préjugés, renversent les idées reçues, ignorent les détracteurs et osent, risquent et se lancent. Il y a ceux qui baissent les bras, et il y a les autres. Ceux qui croient en autre chose, qui ont le courage de changer le cours de leur histoire, de notre histoire.

L’impression que le système se joue de nous, qu’on est impuissant, que tout nous échappe est compréhensible. Mais elle nous fait oublier l’ampleur de notre propre pouvoir. Qu’est ce qu’un vote perdu dans une urne en contenant des millions ? Qu’est-ce qu’un trajet de 10 minutes en vélo changera quand on se retrouve étouffés par des dizaines de voitures ? Quel intérêt d’acheter bio au producteur du coin si des millions d’hectares de culture sont arrosés de pesticides? Quel importance que le tri de ses déchets quand on voit les montagnes d’ordures dans les pays en développement ?

Sauf que c’est dans ces moments qu’il faut savoir être égoïste, faire les choses pour soi. Et aussi pour ce qu’elles sont, ce qu’elles représentent, pour les principes auxquelles elles répondent, pour les valeurs qu’elles véhiculent. Incarner soi-même le changement que l’on veut voir dans le monde.

Rien ne nous échappe et nous pouvons construire le monde dont nous avons envie. A condition de le faire ensemble. Combien de citoyens, de consommateurs, d’électeurs, d’hommes et de femmes ‘ordinaires’, contre combien de dirigeants ? La force, le pouvoir de la masse peut faire des ravages, comme des miracles.

Retrouvons le bon sens qui nous a quitte avec l’avènement de cette mascarade que représente un système injuste et obsolète, retournons à l’essentiel, à ce qui importe réellement. De toute façon, nous n’avons pas vraiment le choix.

L’avenir est ce que nous allons décider d’en faire. Osons, risquons, inventons, innovons. Rêvons. C’est ce que je nous souhaite.

Sur ce, vous m’excuserez, j’ai un monde à changer.

Abat-et-moi!

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Au Cambodge, on fait souvent face a des surprises culinaires diverses et varies, bonnes ou mauvaises.

Par exemple, sans vouloir avoir l’air de faire preuve d’hyper-corporatisme, quand on va manger Khmer a Romdeng, le restaurant de formation géré par Friends, on est rarement déçus, même quand on commande, disons, des tarentules grillées. Oui oui.

D’autres expériences peuvent s’avérer moins concluantes. Comme la noodle soup sur un bout de trottoir par exemple. Ou le riz frit au coin de la rue dont chaque grain est enrobe d’une couche de graisse aussi épaisse que le grain lui-même. Ou le sac de cafards frits. Mais il y a un truc qui pulvérise tous les records en matière de répugnance alimentaire : les abats.

Au Cambodge, on ne fait pas vraiment la différence entre la vraie viande et la fausse viande, celle avec laquelle, dans les pays civilises, on fabrique des boulettes pour chat – ou des knackis. Une cuisse, un foie, une pate ou un cerveau de poulet, c’est du pareil au même dans l’esprit du khmer moyen. Je ne suis pas une grande carnivore a la base (j’aime même pas le steak hache sauf en bolognaise, c’est dire) et j’ai récemment arrêté les saucisses de Strasbourg, donc forcement quand au lieu de me servir du muscle, la seule partie que je mangerai jamais chez un animal, on me sert un organe qui sert a produire des excréments, accompagne d’une boite crânienne, ca m’irrite.

Ce qui donne parfois lieu a des incidents gastronomiques, qu’on mettra sur le dos du choc des civilisations.

Par exemple, si vous avez lu mon article sur mon retour de vacances, vous avez surement compris que ca n’a pas vraiment été une partie de rigolade. Trempée jusqu’aux os, au bord de la luxation pulmonaire et en état de névrose post-traumatisme-moto-branlante-et-chaussée-glissante je me raccroche désespérément au réconfort qu’est censée m’apporter mon assiette de poulet grille. Et la, on nous sert… une délicate poêlée d’os et de viscères avec sur le dessus, telle une cerise sur son gâteau, deux pates de poulet, avec les griffes et tout.

J’explose. Littéralement. Je bafoue sans vergogne tous les codes psycho-socio-culturels du Cambodge en allant engueuler vertement le serveur, la cuisinière et toute la clique. Je leur montre mon ventre, je leur montre mes pieds dans une tentative désespérée de leur faire comprendre que non, moi je ne mange pas de ce pain la et que je veux de la cuisse, de la vraie, merde !

Bon 15 minutes plus tard, j’ai bien obtenu ma cuisse et une centaine d’autres petites attentions annexes et je me retrouve a présenter piteusement mes plus plates excuses aux victimes de ma tonitruance. N’empêche, les entrailles c’est toujours pas mon truc.

Hier soir je rentre chez moi. Mon coloc a invite ses amis khmers, ils sont allés acheter de la viande cuisinée et nous invitent à les rejoindre sur la terrasse pour partager leur diner. Je me saisie d’un morceau a l’aspect fort peu ragoutant. Regard interrogatif jeté à l’un des invites. Il me montre son ventre. Je repose le morceau, pas convaincue. Je tente ma chance une seconde fois en arborant ce qui s’avère être… une oreille de vache ! Je décide de me rabattre sur les trois tranches de concombre pendant que les Cambodgiens engloutissent goulument langue, groin, pis et je ne sais quelles autres horreurs.

Le fossé interculturel France – Cambodge est-il si large qu’ici les tournedos et les sot-l’y-laisse finissent en pate pour chien ? Honnêtement je m’interroge…

La dictature de la médiocrité

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Vous trouvez pas qu’on nous prend pour des débiles ?

Non mais sérieusement, déjà qu’on essaye de nous faire croire depuis des décennies que l’argent fait le bonheur, ca m’énerve. Mais par ailleurs, je trouve que dernièrement les gouts et les tendances des dégénérés et des cas sociaux deviennent un peu trop souvent LA référence culturelle. Non pas que j’ai quelque chose contre les gens bêtes – je sais qu’ils n’y sont pour rien – mais qu’on exploite l’ignorance et la simplicité d’esprit dans le but de tous nous transformer en couillons ahuris, ca me pose un petit problème.

Aujourd’hui je m’insurge contre la dictature de la médiocrité, que medias, politiques et grosses entreprises (les Riches et les Puissants comme d’hab) distillent dans nos vies par dose homéopathiques mais qui font l’effet d’une bombe à retardement dans notre société sclérosée.

Allez savoir pourquoi, ces jours-ci je tombe partout sur des articles sur Les Ch’tis a Ibiza alors je me dis que, peut-être, Dieu, Bouddha ou qui sais-je souhaite que j’écrive quelques lignes sur ce désastre télévisuel, symbole que vraiment, vraiment, en terme de référence culturelle on a atteint le fond de la cuvette. En dehors du fait, a mon sens éthiquement condamnable, que cette… chose enferme les Ch’tis dans un carcan stéréotypé d’illettrisme, de cretinisme et de vulgarisme – après tout il sont plus a ca prés les pauvres – le simple fait d’exposer a la télévision, soit a 60 millions de spectateurs potentiels (bon ok, moins ceux qui ont pas le câble) des êtres dont l’insignifiance et la trivialité sont censés nous amuser et nous divertir montre bien l’opinion qu’on se fait de nous la haut, dans la haute sphère médiatique. Moi je vous le dit, on nous prend pour des débiles.

Autre exemple qui représente par ailleurs un grand traumatisme dans ma vie si peu exaltante au fond : avant ce jour funeste du 1er mars 2011, je jouais régulièrement à Question pour un champion online (QPUC pour les intimes). Réplique parfaite du jeu télévisé avec des vrais candidats et tout et tout, sans oublier le niveau de difficulté des questions. Ce qui, individuellement, me posait quelques problèmes, mais qui, a 7 derrière l’écran, me permettait de passer d’excellentes soirées avec mes copines (qu’est ce que je vous disais sur ma vie). Le 1er mars 2011, ma vie a basculé lorsque la direction de France TV a décidé que ce jeu était décidemment trop complique pour les débiles que nous sommes (ils se sont sans doute bases sur les stats de Secret Story pour en arriver a cette conclusion). Alors maintenant non seulement on joue contre des candidats-machines qui s’appellent tous Pierre, Paul, Jacques ou Marie, au lieu des pseudos rigolos de jadis, genre Cacamou ou Poulet-roti62 ou Zazazizouzazazou. Mais en plus, niveau question, on est passes de « Qui joue le rôle de Monsieur Arpel  dans le film Mon Oncle de Jacques Tati ?» (Chapeau bas a ceux qui connaissent la réponse) a « Qui est le père de la fille de Vincent Cassel ? ». Et je vous jure devant Dieu et tous les saints du paradis que je n’invente pas, je l’ai trouve sur la page facebook « Rendez-nous le vrai QPUC online ».

Bien sur, insurrection générale de la part des fans du jeu, mouvement de protestation sur tous les réseaux sociaux et forums de France et de Navarre, des milliers de mails sont envoyés au responsable de cette ignominie. Réponse : on faisait pas assez de chiffre avec l’ancienne version en laissant trop de gens de cote. Alors voila! Desormais comme trop de gens sont des dégénérés ou sont en passe de le devenir par contagion, l’ensemble de la société devrait se mettre à leur niveau et faire semblant que jouer a des jeux ou on leur demande « Quelle est la couleur du cheval blanc d’Henri 4 ? » est vraiment trop méga fun !

Alors je m’interroge : comment une nation qui a autrefois brille par l’engagement de ses intellectuels, la renommée de ses philosophes, la finesse et le raffinement de sa culture, peut-elle aujourd’hui s’abaisser à un tel niveau de médiocrité ? Les américains, je veux bien comprendre, ils ont pas invente grand-chose a part le Mac Do, mais les français quand-même…

Remarque, au Cambodge, c’est pas mieux. Dernièrement, j’ai assiste a un match de foot que se disputaient les hauts dirigeants de la Thaïlande et du Cambodge – match diplomatique visant en partie à détourner l’attention des chamailleries incessantes pour le temple de Preah Vihear a la frontière des deux pays. Mais la diplomatie c’est aussi l’art de savoir laisser gagner son adversaire et d’offrir a Hun Sen – premier ministre du Cambodge depuis 30 ans qui a en zigouille un paquet d’intellos sous les Khmers rouges – de réussir à marquer 5 buts sur la durée du match, en prétendant que le fait de rater une passe sur deux ne remet pas en cause ses qualités de joueur.

Mais, comme on nous prend pour des débiles, nous on fera juste semblant de ne rien remarquer…