Sociologie des chiens insulaires

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Par deux fois déjà, j’ai eu l’occasion de passer des week-ends sur des iles au large du Cambodge et d’y observer les mœurs canines.

En fait ces deux week-ends étaient déjà places sous un augure animal puisque le premier s’est déroulé sur l’Ile du Singe et le deuxième sur l’Ile du Lapin. Notez bien que je n’ai pas vu plus de singes sur l’Ile du Singe que de lapins sur l’Ile du Lapin. En revanche, j’ai vu plein de chiens.

Eh bien, croyez-le ou non, les chiens sur les iles, ils sont pas normaux.

Pour commencer, chaque chien a sa guest house de rattachement, et pas question d’aller trainer la patte sur le territoire des autres. On pourrait croire naïvement que quand on vit sur une ile paradisiaque, chien ou pas, on est copain avec tout le monde. Eh ben pas du tout. Quand on se ballade sur l’Ile de la Guest House numéro 1 a la Guest House numéro 2, escorté par une bande de toutous rattachés a la première, il y a toujours ce moment frappant ou les chiens s’arrêtent net, comme si une barrière invisible venait de leur couper la route. La peur de l’inconnu se lit dans leurs yeux ainsi que la tristesse de voir s’éloigner ces gentils touristes qui avaient bien voulu leur refiler leur os de poulet.

Quand un chien s’aventure sur le territoire d’une autre meute, le guerre est déclarée et le malheureux n’a plus qu’a hurler au désespoir dans l’attente qu’un touriste un peu plus téméraire que les autres daigne lui sauver la mise avant qu’il se fasse mettre en pièces par une meute enragée. Véridique : on a vu des chiens se déchainer violemment sur un de leur congénères sur l’Ile du Singe et je n’ose imaginer ce qu’il serait advenu de cette petite bête égarée si nous n’avions courageusement volé a son secours, au risque de perdre nous-mêmes une part de notre intégrité physique.

A notre arrivée sur l’Ile du Lapin, même histoire. Nous faisons connaissance avec 3 chiens – Gilbert, Gilbert 2 et Mutant (Cherchez pas) – et en ce qui les concerne, c’était clair qu’ils n’allaient pas bouger leurs queues de la Guest House numéro 4.

Et puis il y a eu Sauron.

Mis a part son air ténébreux et de ses yeux flamboyants, Sauron était un chien comme les autres, rattaché à la Guest House numéro 4 lui aussi, et a priori pas destiné à en déloger. C’était compter sans sa rencontre avec Antoine, qui lui a fait totalement perdre la tête… Il n’a plus lâché son nouveau maitre de toute l’après-midi, s’aventurant jusqu’aux territoires canins avoisinants et défendus… A son contact, Sauron s’est rebellé contre des années d’oppressions et de tyrannie animale et a décidé que non, il n’y avait pas de raison qu’il doive se séparer de son nouvel ami si ce dernier avait envie d’aller faire un tour du coté du palmier numéro 17 parce que lui-même n’avait pas le droit de dépasser le numéro 14. Sauron a tenu tête face a de féroces chiens conservateurs, a rallié des fideles a sa cause et est devenu le maitre de la plage en imposant une loi plus juste, plus humaine parmi la communauté canine de l’Ile. Pour asseoir sa légitimité, il n’a pas hésité à se jeter dans une mer déchainée pour rejoindre son nouveau maitre dans les vagues, alors qu’il savait a peine nager. Une nouvelle ère était en train de naitre, ou tous les chiens de l’Ile du Lapin se verraient vivre en paix les uns avec les autres et vagabonder à leur guise d’une guest house a l’autre…

C’était trop beau pour durer.

Le soir même, au sommet de sa gloire, quelque chose de terrible est arrive à Sauron : il s’est fait uriner dessus par un touriste soul devant son maitre adulé.

Fou de douleur et d’humiliation, en perdition totale de son identité, de ses repères et de son leadership nouvellement gagné sur ses pairs, Sauron a néanmoins tenté de chercher du réconfort auprès de son maitre. Mais quelque chose s’était comme brisé entre eux malgré tous les efforts d’Antoine pour lui faire comprendre que cela n’avait pour lui aucune importance et que le touriste soul en question ne cherchait pas a mal et était quelqu’un de bien dans le fond…

A son retour de ballade, l’inévitable s’était produit : Antoine a retrouvé Sauron dans les bras d’un autre touriste.

Ne sachant plus que penser de l’attitude de Sauron, nous avons tenté de réconforter Antoine en le mettant devant l’évidente réalité :

« Ce n’est pas la perte d’identité due a son humiliation qui a change Sauron, il a toujours été comme ca, aguicheur avec les touristes… »

« Des que celui sur lequel il a jeté son dévolu a le dos tourné, il se fait le premier venu. »

« Il t’aura vite oublié, et toi aussi. »

« Il n’en avait qu’après ton bacon. »

« Au moins il n’aura pas le cœur brisé quand tu partiras… »

En somme, les chiens insulaires ont quelque chose d’humain : ils tiennent a leur souveraineté territoriale, mais s’ils vivent le coup de foudre, sont prêts a braver tous les dangers pour gagner l’objet de leur désir. Ils s’en délaissent ensuite rapidement pour aller voir chez le voisin si l’herbe ne serait pas plus verte… ou le sable plus chaud.

Prochaine étape : Sociologie des dauphins du Mékong. Ils ne sont plus qu’une centaine, manquerait plus qu’ils s’entretuent à leur tour pour les beaux yeux d’un touriste…

 

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  1. Je suis une fois de plus ta première fan! Tes écrits sont tous plus droles les uns que les autres et me permettent des moments d’évasion. A quand ton premier livre te faisant accéder à l’académie française ma bibine?

    bisous

    Marion

    • J’ai demande et apparemment la seule explication que les cambodgiens savent donner c’est « ils naissent comme ca ». Ah jte jure le Tiers Monde…

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