Archives Mensuelles: mars 2012

Les Cambodgiens et la gastronomie, c’est pas facile tous les jours

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J’ai déjà evoqué sur ce blog mes problèmes avec le mode d’alimentation cambogien.

Je sais pas si c’est la pauvreté ou un quelconque élément lié a leur sous-developement qui les poussent à bouffer l’integralité de tout ce qui se trouve dans un poulet (bec y compris), un bœuf (pénis y compris) ou un cafard (cafard y compris), ou si c’est juste qu’ils kiffent. Dans tous les cas, toutes ces bonnes petites choses, moi ça continue à ne m’inspirer rien de moins que ça :

(oui vous avez bien reconnu Vomito, le pote de Titeuf).

Bref. L’étendue de la gastronomie cambodgien ne s’arrête – hélas – pas la.

Par exemple, un jour, j’ai mangé une pizza. Je sais, ça a l’air assez banal comme expérience, on pourrait se demander pourquoi je prend la peine de le raconter sur ce blog. Sauf que ce que vous ne savez pas, c’est que la conception cambodgienne d’une « pizza » n’est pas exactement la même que la notre. C’est à dire que ce que les Cambodgiens croient être une pizza, ça ressemble à ça:

Alors là vous ne voyez peut-être pas bien sur cette photo, mais sachez que cette pizza, basiquement aux fruits de mer, est en fait une pizza… au surimi!

Quand a la pizza a la viande, elle est également basiquement à la viande, c’est-à-dire à rien d’autre que de la viande:

Elle a littéralement 4 couches de charcuterie, reconstituée sûrement d’ailleurs a partir de pénis de taureau et de bec de poulet, et en bonus – vous ne pouvez pas le voir sur la photo mais je vous le livre en exclusivité – une saucisse kabi, subrepticement nichée dans la croute! (là ou, dans les pays civilisés, on met du fromage, comme tout le monde).

On est jamais au bout de ses surprises!

Autre aventure culinaire, pas plus tard que ce midi.

On voulait aller manger un burger avec mes copains parce que hier on est alles en boite (oui, un jeudi, c’était une mauvaise idée) et que donc on avait un peu la gueule de bois et que le burger, c’est bien connu, est le remède universel contre la gueule de bois (moi j’avais pas trop la GDB heureusement parce que hier j’étais un peu en mode princesse mais bon j’aime quand-même bien les burgers). Pour les burgers lovers, Phnom Penh c’est un peu The Place To Be, tous les restos ou presque fabriquent des merveilles d’inventivité burgerienne, avec du vrai pain, de la vraie viande, des vrais légumes, de la vraie mayo et tout a faire palir… ben pas grand monde en fait parce que la seul alternative aux restaurants-à-burgers-de-Phnom-Penh, c’est Mac Do et Burger King, et Mac Do et Burger King, c’est pas bon (oui, même Burger King et je l’assume, même si je dois me faire traîner à la potence pour ça). Wallah!

Bref donc on était super enthousiastes à l’idée d’aller manger cet énième burger qui vaudrait presque une bonne tartiflette, quand soudain vlatipa que le collègue Cambodgien de mes copains s’en mêle et veut les emmener dans cet-endroit-très-bien-ou-ya-plein-de-sortes-de-burger-et-tout.

Quand j’ai entendu ça j’ai senti la panique monter en moi mais… je n’ai rien dit.

Et la il nous a emmené dans le fast-food le plus craignos de l’univers ou en fait 1. Y avait pas de burgers mais des sandwichs dégueulasses dans du pain improbable avec de la viande sans doute avariée et des sauces aux produits chimiques et 2. Ça m’inspirait tellement pas que je me suis rabattu sur des spaghettis (c’est vous dire) et que yen avait presque pas (de spaghettis) et que la sauce était pas très bonne.

Mais l’endroit était genre trop full de cambodgiens qui kiffaient trop leur life en mode je-mange-des-burgers-donc-je-suis-trop-comme-les-Américains-peuple-extraordinaire-auquel-je-veux-absolument-ressembler-surtout-depuis-qu’ils-ont-inventé-Steve-Jobs.

Bon donc bien sûr quand le collègue de mes copains – qui au passage était un être absolument adorable – a demandé avec des yeux plein d’espoir si ces burgers étaient bons par rapport à ceux qu’on mangeait d’habitude, j’ai pas pu m’empêcher de dire la vérité: « Non, c’est pas bon ».

Mais attention, je lui ai sorti des arguments rationnels, j’ai joué la carte de la nutrition et tout. Après qu’il m’ait dit que les cambodgiens s’en foutait un peu de la nutrition, on a quand-même essayé de le convaincre, lui, qu’il existait des centaines d’endroits all over Phnom Penh, qui vendaient autre chose que du carton-pâte avec la vague chair d’un animal inconnu au bataillon à l’intérieur…

Résultat, il a accepté d’aller manger un vrai burger avec nous la semaine prochaine.

Ouf, au moins un de sauvé!

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Bref, j’ai repeint le centre de formation

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Prétendre vouloir sauver les pauvres, c’est savoir se montrer multifonctionnel.

C’est ainsi qu’hier, lorsqu’entre deux tableaux excel d’analyse de ventes, j’ai reçu un email d’une de mes collègues proposant a tous les employés de l’organisation d’aller prêter main-forte au centre de formation pour le grand coup de repeinture annuel, je me suis empressée de me porter volontaire.

Le lendemain matin, j’étais sur le pied de guerre dans mes vêtements-de-travail informes à 10h du matin avec mes deux collègues. Ce centre accueille enfants des rues et jeunesse marginalisée de Phnom Penh, leur offre une éducation et les forme à différents métiers. Je vous laisse donc imaginer à quoi ressemble la population qui s’y promène, issue des tréfonds de la street cambodgienne. Bon, c’est pas non plus la Cour des Miracles mais ca ne manque pas de cachet, entre gamins tabassés par leurs parents alcooliques, héroïnomanes repentis, délinquants à la petite semaine, jouets pour pédophiles, ex chefs de gang, etc. Ce matin j’ai même croisé un authentique – dans la mesure du possible – lady boy ! On n’arrête pas le progrès.

A notre arrivée dans le centre, il parut clair que tout ce petit monde n’avait pas très envie de travailler, mais que leur idée était plutôt d’organiser une boom géante en plein air dans la cour, a entendre les tubes de Justin Bieber qui tournaient a plein régime. Manifestement cet événement était totalement dénué d’une quelconque organisation et le centre baignait une certaine anarchie.

Qu’a cela ne tienne, nous nous dirigeons vers un collègue qui a l’air de se trouver plutôt à l’aise dans le chaos général et lui demandons quoi faire. Il revient 2 minutes plus tard avec un pot de peinture rose qui dégouline et me le colle dans les mains, sourire bright aux lèvres.

« Euh… je dois peindre ou ? » je demande un peu perplexe.

Réponse empressée: « Wherever you want! ».

Voila qui me fait une belle jambe.

Je regarde autour de moi, tous les murs sont… jaunes.

15 minutes plus tard, j’ai trouvé de la peinture d’une couleur adéquate et un rouleau qui a du servir à récurer les écuries d’Augias du temps d’Hercule dans la Grèce Antique, a en juger par sa couleur. Essayant désespérément d’en étaler une couche sur un mur qui s’effrite et perd d’énormes morceaux de crépis des que j’en approche mon attirail, je suis couverte de poussière et je transpire allégrement du front sous ma frange humide…

Bien évidemment, c’est ce grand moment de classe internationale que choisit mon collègue beau-gosse pour faire son apparition avec son appareil-photo et son air goguenard.

Pendant ce temps, ma boss, forte de sa grande bossitude, a refilé son pinceau à un gamin de 8 ans et fait semblant de balayer le sol avec un balai à la stature improbable.

Et ca se prétend « organisation de protection des enfants »… Nan mais vraiment.

(J’adore ma boss).

Un peu plus tard, fatiguée par tant d’efforts, j’observe avec une circonspection mêlée de scepticisme les employés du centre s’affairer sur le même pan de mur : à droite, ils étalent consciencieusement une deuxième couche sur la peinture déjà existante. A gauche, ils s’efforcent de détruire la première couche en grattant vigoureusement, révélant un mur blanc dans un état de décrépitude avancé.

Et puis je me dis « Bah… c’est le Cambodge quoi ! ».

Bref, j’ai repeint le centre de formation.

Le poulailler électoral

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Je sens qu’il est grand temps que je dise quelques mots sur les évènements qui sont en train de se dérouler en France, sinon je risque clairement la mort par explosion due à excès de fureur contenue.

Cette campagne électorale me laisse perplexe. En particulier le fait que prés d’un tiers de français votant soient prêts à réélire Nicolas Sarkozy me plonge dans un abasourdissement et une consternation aux profondeurs abyssales. Je me demande vraiment OU étaient passes ces quelques millions d’électeurs pendant les 5 dernières années, alors que le taux de chômage et le non-pouvoir d’achat pulvérisaient des records, que les système de santé et d’éducation étaient foulés au pied, que les questions de logement et de justice sociale passaient purement et simplement a la trape, que l’insécurité augmentait sous couvert de « c’est-dla-faute-aux-bougnoules », que la fortune des Riches suivait une courbe exponentielle… tandis que notre cher président et ses ministres baignaient dans les scandales les plus sordides, soutenaient des barbares sanguinaires, insultaient des journalistes et des citoyens devant les caméras, alignait les mensonges les plus grotesques et prouvaient a toute la France qu’ils n’étaient rien de plus qu’une bande d’incapables dont la soif de pouvoir et de luxe les poussait a se torcher le cul avec les valeurs de la République et les intérêts de l’ensemble de sa population.

La campagne est bien à la hauteur de ces cinq dernières années : pauvre, vulgaire, médiocre, suffisante, dénigrant les français et les valeurs de leur pays, nous prenant tous pour des dindes – ce que d’ailleurs, a la longue, je finis par croire que nous sommes… (Rachel, si tu me lis: no offense)

Non mais quand on regarde la manière dont l’UMP fait campagne, même les militants les plus chevronnés devraient se rendre compte qu’il y a quelque chose qui cloche… Comment on peut sérieusement encore gober de telles salades ?

L’UMP nous affabule de bobards sur leur récente découverte que Total et tout la clique ne payent pas d’impôts en France, sur la grave sollicitude que portent les français a la viande halal, sur l’Europe et les accords de Shengen au point d’en énerver Angela, sur leurs meetings plein de chaleur humaine et de fraternité dont les gauchistes sont foutus a la porte, etc.

Pendant ce temps, personne ne semble remarquer l’anomalie majeure de la campagne de l’UMP, à savoir leur absence totale de programme, le vide de toute proposition de leur site de campagne, le néant intersidéral de leurs idées pour la France.

A défaut d’avoir un programme, l’UMP n’a rien trouvé de mieux que de faire passer Hollande pour un « homme dangereux » (Hollande quoi, s’il vous plait…) qui fait des « propositions extrêmement graves ». Quand on a l’indécence de s’interroger sur ce qu’elles ont de si grave ces propositions, l’UMP redouble d’emphase, d’enflure et d’outrance pour nous faire nous recroqueviller d’effroi sur notre canapé. Si bien qu’a la longue on ressemble à ca :

… et on se met à croire n’importe quoi.

Que Hollande serait comparable à Hitler par exemple. Que sa haine exacerbée pour les Riches en ferait presque un nazi (le député en question n’était je crois pas au courant pour l’étoile juive, les déportations, les chambres à gaz et tout)…

Ou que le PS est responsable des huées par lesquelles Sarkozy s’était fait accueillir à Bayonne et qu’il doit présenter des excuses publiques au président.

Ou que Jean-François Copé a raison de dire que le programme du PS est flou, après avoir empêché Hollande de s’exprimer dessus, en parlant a tort et a travers pendant 1h sur un plateau télé, alors que le programme de l’UMP, a defaut d’etre flou, est juste… transparent. Apres, Copé publie une tribune titrée avec une ridicule grandiloquence « Les masques sont tombes sur l’inquiétante ambigüité de François Hollande » sur le site de l’UMP, et les francais font:

Non mais franchement…

Le pire c’est qu’à en croire les statistiques, les gens croient à ce baratin et à ce petit numéro ! Faut arrêter, Sarko c’est rien de plus que ca :

C’est tout laid, ca fait peur, ca glousse trop fort, mais au final c’est bête comme un petit-pois et on en fait qu’une bouchée pour Noel.

Enfin bref, voila tout l’effet qu’elle me fait cette campagne :

C’est trop zinjuste.

Injuste que les hommes politiques nous prennent pour des buses.

Injuste qu’ils s’avèrent qu’ils ont un peu raison.

Injuste que moi aussi je doive repartir pour un quinquennat au Cambodge si l’autre dindon est réélu.

J’aime mon pays moi ! 5 ans c’est long…

Pour ceux qui ont une impression de deja-vu, vous n’etes pas fous, j’ai en effet retravaillé cet article publié hier…

En tête a tête avec mon loc-lac…

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Ce midi j’ai mangé… seule. Et j’en fais tout un plat.

C’est tellement une expérience inédite doublé d’un exploit surhumain pour moi que je ne peux pas ne pas en faire part à mes lecteurs…

Je sais pas pour vous mais en ce qui me concerne, manger seul – surtout quand t’as une cinquantaine de collègues et quelques potes dans le coin – c’est un peu le summum de la loose suprême et international. Déjà, t’es seul, ce qui en soi est déjà suffisamment pénible, mais en plus tu MANGES, et dans ces moments gastronomiques censés être des instants de communion ultime avec tes pairs, non, toi tu es seul et tu ne communie avec rien d’autre que ton bol de riz. En plus tu te coltines les regards en coin des gens-pas-seuls et de leurs compagnons de tablée qui en disent long, genre « Min mais regarde-la celle la, elle mange SEULE ».

Non c’est insupportable.

Bref donc tous les midis c’est un peu la lutte pour réussir a pas manger seule. En général j’ai un certain nombre de plans de secours qui me font rarement défaut. Mais ce midi, rien. Après avoir exploré toutes les potentialités qui s’offrait a moi en matière de repas communautaire, et après que la collègue qui représentait mon ultime salut m’ait congédié d’une petite voix par un « Ah désolé ce midi je mange avec unetelle » – sous-entendu tu n’es pas invitée on va parler boulot – j’ai bien du me rendre a l’insoutenable évidence : j’étais seule pour manger. J’ai bien pense a une dernière solution désespérée : sauter le repas. Mais ca, ca n’était vraiment pas envisageable, principalement en raison de mon appétit gargantuesque et insatiable.

Mortifiée mais résolue, je prends donc mon courage a deux mains, descends bravement les trois étages qui me séparent du rez-de-chaussée et m’élance dans la rue la tete haute, un rictus peu convaincant sur les lèvres, essayant désespérément de me donner l’air dégagé de celle qui assume to-ta-le-ment sa solitude a l’heure du déjeuner alors que je tremble de tous mes membres a l’idée d’affronter un tete a tete avec mon assiette.

Apres une seconde d’hésitation, je me dirige vers ce restaurant cambodgien installé sur un bout de trottoir que j’affectionne et qui présente, particulièrement aujourd’hui, quelques intérêts stratégiques : accessible a pied mais situé suffisamment loin du bureau pour éviter d’y croiser des collègues, il me permet, de surcroit, de me donner une image de fille cool, totalement intégrée dans l’univers cambodgien et suffisamment a l’aise pour aller manger dans des boui-bouis locaux. En plus, la bouffe est bonne et pas chère.

Une fois attablée, je sors mon téléphone portable et me met à pianoter fiévreusement pour faire genre « Nan-nan mais j’ai plein d’amis faut pas croire, d’ailleurs ils sont tous en train de m’envoyer des textos pour savoir ou je mange mais j’avais envie de prendre l’air, de me fondre dans la masse cambodgienne tu vois, de prendre de la distance avec toute cette pression sociale du monde des expats… ». Un peu en mode MPABDM quoi. Mais faut pas se leurrer, au fond je sens mes entrailles jouer de la castagnette et j’affiche un air de condamné au bagne.

La serveuse me sert mon loc-lac – sorte de spécialité anglaise, a ce qu’on m’a dit, qui, pour une raison inconnue, est devenu un plat cambodgien très populaire. Et la… il se passe un truc de fou. La bouffe est TROP bonne. Je veux dire genre 10 fois meilleure que quand je viens avec des collègues. Le bœuf est tendre, le riz parfumé, les oignons croquants… Alors que c’est exactement le même loc-lac que je commande au même endroit trois fois par semaine. Mes entrailles se délectent, je perds mon air de chien battu et dévore mon plat en trois coups de cuillère. Même la soupe un peu dégueue qu’ils servent a la fin a un petit gout de triomphe…

Sur le chemin du retour, j’ai l’impression d’avoir des coussinets d’air sous mes havaianas qui me font sautiller à chaque pas. Mon air nonchalant et mon sourire ne sont plus feints. J’ai gagné, j’ai réussi à manger seule et en plus, c’était bien !

Je me sens pousser des ailes. Allez, prochaine étape : manger seule dans un endroit bondé d’expatriés tous copains !!…

Euh enfin non en fait, on va en rester la… C’est déjà pas mal.