En tête a tête avec mon loc-lac…

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Ce midi j’ai mangé… seule. Et j’en fais tout un plat.

C’est tellement une expérience inédite doublé d’un exploit surhumain pour moi que je ne peux pas ne pas en faire part à mes lecteurs…

Je sais pas pour vous mais en ce qui me concerne, manger seul – surtout quand t’as une cinquantaine de collègues et quelques potes dans le coin – c’est un peu le summum de la loose suprême et international. Déjà, t’es seul, ce qui en soi est déjà suffisamment pénible, mais en plus tu MANGES, et dans ces moments gastronomiques censés être des instants de communion ultime avec tes pairs, non, toi tu es seul et tu ne communie avec rien d’autre que ton bol de riz. En plus tu te coltines les regards en coin des gens-pas-seuls et de leurs compagnons de tablée qui en disent long, genre « Min mais regarde-la celle la, elle mange SEULE ».

Non c’est insupportable.

Bref donc tous les midis c’est un peu la lutte pour réussir a pas manger seule. En général j’ai un certain nombre de plans de secours qui me font rarement défaut. Mais ce midi, rien. Après avoir exploré toutes les potentialités qui s’offrait a moi en matière de repas communautaire, et après que la collègue qui représentait mon ultime salut m’ait congédié d’une petite voix par un « Ah désolé ce midi je mange avec unetelle » – sous-entendu tu n’es pas invitée on va parler boulot – j’ai bien du me rendre a l’insoutenable évidence : j’étais seule pour manger. J’ai bien pense a une dernière solution désespérée : sauter le repas. Mais ca, ca n’était vraiment pas envisageable, principalement en raison de mon appétit gargantuesque et insatiable.

Mortifiée mais résolue, je prends donc mon courage a deux mains, descends bravement les trois étages qui me séparent du rez-de-chaussée et m’élance dans la rue la tete haute, un rictus peu convaincant sur les lèvres, essayant désespérément de me donner l’air dégagé de celle qui assume to-ta-le-ment sa solitude a l’heure du déjeuner alors que je tremble de tous mes membres a l’idée d’affronter un tete a tete avec mon assiette.

Apres une seconde d’hésitation, je me dirige vers ce restaurant cambodgien installé sur un bout de trottoir que j’affectionne et qui présente, particulièrement aujourd’hui, quelques intérêts stratégiques : accessible a pied mais situé suffisamment loin du bureau pour éviter d’y croiser des collègues, il me permet, de surcroit, de me donner une image de fille cool, totalement intégrée dans l’univers cambodgien et suffisamment a l’aise pour aller manger dans des boui-bouis locaux. En plus, la bouffe est bonne et pas chère.

Une fois attablée, je sors mon téléphone portable et me met à pianoter fiévreusement pour faire genre « Nan-nan mais j’ai plein d’amis faut pas croire, d’ailleurs ils sont tous en train de m’envoyer des textos pour savoir ou je mange mais j’avais envie de prendre l’air, de me fondre dans la masse cambodgienne tu vois, de prendre de la distance avec toute cette pression sociale du monde des expats… ». Un peu en mode MPABDM quoi. Mais faut pas se leurrer, au fond je sens mes entrailles jouer de la castagnette et j’affiche un air de condamné au bagne.

La serveuse me sert mon loc-lac – sorte de spécialité anglaise, a ce qu’on m’a dit, qui, pour une raison inconnue, est devenu un plat cambodgien très populaire. Et la… il se passe un truc de fou. La bouffe est TROP bonne. Je veux dire genre 10 fois meilleure que quand je viens avec des collègues. Le bœuf est tendre, le riz parfumé, les oignons croquants… Alors que c’est exactement le même loc-lac que je commande au même endroit trois fois par semaine. Mes entrailles se délectent, je perds mon air de chien battu et dévore mon plat en trois coups de cuillère. Même la soupe un peu dégueue qu’ils servent a la fin a un petit gout de triomphe…

Sur le chemin du retour, j’ai l’impression d’avoir des coussinets d’air sous mes havaianas qui me font sautiller à chaque pas. Mon air nonchalant et mon sourire ne sont plus feints. J’ai gagné, j’ai réussi à manger seule et en plus, c’était bien !

Je me sens pousser des ailes. Allez, prochaine étape : manger seule dans un endroit bondé d’expatriés tous copains !!…

Euh enfin non en fait, on va en rester la… C’est déjà pas mal.

"

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