Bref, j’ai repeint le centre de formation

Par défaut

Prétendre vouloir sauver les pauvres, c’est savoir se montrer multifonctionnel.

C’est ainsi qu’hier, lorsqu’entre deux tableaux excel d’analyse de ventes, j’ai reçu un email d’une de mes collègues proposant a tous les employés de l’organisation d’aller prêter main-forte au centre de formation pour le grand coup de repeinture annuel, je me suis empressée de me porter volontaire.

Le lendemain matin, j’étais sur le pied de guerre dans mes vêtements-de-travail informes à 10h du matin avec mes deux collègues. Ce centre accueille enfants des rues et jeunesse marginalisée de Phnom Penh, leur offre une éducation et les forme à différents métiers. Je vous laisse donc imaginer à quoi ressemble la population qui s’y promène, issue des tréfonds de la street cambodgienne. Bon, c’est pas non plus la Cour des Miracles mais ca ne manque pas de cachet, entre gamins tabassés par leurs parents alcooliques, héroïnomanes repentis, délinquants à la petite semaine, jouets pour pédophiles, ex chefs de gang, etc. Ce matin j’ai même croisé un authentique – dans la mesure du possible – lady boy ! On n’arrête pas le progrès.

A notre arrivée dans le centre, il parut clair que tout ce petit monde n’avait pas très envie de travailler, mais que leur idée était plutôt d’organiser une boom géante en plein air dans la cour, a entendre les tubes de Justin Bieber qui tournaient a plein régime. Manifestement cet événement était totalement dénué d’une quelconque organisation et le centre baignait une certaine anarchie.

Qu’a cela ne tienne, nous nous dirigeons vers un collègue qui a l’air de se trouver plutôt à l’aise dans le chaos général et lui demandons quoi faire. Il revient 2 minutes plus tard avec un pot de peinture rose qui dégouline et me le colle dans les mains, sourire bright aux lèvres.

« Euh… je dois peindre ou ? » je demande un peu perplexe.

Réponse empressée: « Wherever you want! ».

Voila qui me fait une belle jambe.

Je regarde autour de moi, tous les murs sont… jaunes.

15 minutes plus tard, j’ai trouvé de la peinture d’une couleur adéquate et un rouleau qui a du servir à récurer les écuries d’Augias du temps d’Hercule dans la Grèce Antique, a en juger par sa couleur. Essayant désespérément d’en étaler une couche sur un mur qui s’effrite et perd d’énormes morceaux de crépis des que j’en approche mon attirail, je suis couverte de poussière et je transpire allégrement du front sous ma frange humide…

Bien évidemment, c’est ce grand moment de classe internationale que choisit mon collègue beau-gosse pour faire son apparition avec son appareil-photo et son air goguenard.

Pendant ce temps, ma boss, forte de sa grande bossitude, a refilé son pinceau à un gamin de 8 ans et fait semblant de balayer le sol avec un balai à la stature improbable.

Et ca se prétend « organisation de protection des enfants »… Nan mais vraiment.

(J’adore ma boss).

Un peu plus tard, fatiguée par tant d’efforts, j’observe avec une circonspection mêlée de scepticisme les employés du centre s’affairer sur le même pan de mur : à droite, ils étalent consciencieusement une deuxième couche sur la peinture déjà existante. A gauche, ils s’efforcent de détruire la première couche en grattant vigoureusement, révélant un mur blanc dans un état de décrépitude avancé.

Et puis je me dis « Bah… c’est le Cambodge quoi ! ».

Bref, j’ai repeint le centre de formation.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s