Archives Mensuelles: juin 2012

Vis Ma Vie de…

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L’autre jour, un expatrié m’a dit : « Si t’es pas venu au Cambodge pour vivre comme une Cambodgienne, eh bien RENTRE CHEZ TOI ! »

(Cette personne avait eu une dure journée).

Alors bien évidemment j’ai commencé par me dire : « OH MY GOD cette phrase est l’une des plus stupides jamais entendues dans ma vie ». Passé cette première réaction, ca m’a quand-même fait réfléchir et je me suis mise à imaginer comment je pourrais mener la vie d’une Cambodgienne…

Je me suis vue mener la vie de certaines filles de ma classe : trouver un emploi dans une grande banque. M’acheter un énorme Hummer. Faire 3 manucures par semaine. M’attifer en sac Vuitton, lunettes de soleil Dior, chemisier Chanel et ceinture Gucci. Refuser de me baigner pour ne pas abimer ma peau que j’entretiens avec tant de soin a grand renfort de crèmes L’Oréal. Vivre chez mes parents en attendant de trouver un bon mari…

Je me suis dit que c’était pas trop pour moi.

Je me suis vue vivre comme ma copine cambodgienne. Partager ma chambre avec mes copines dans un foyer géré par une ONG française, recevoir l’argent d’une marraine parisienne, faire la fête avec mes copains français et recevoir des leçons de morale de volontaires qui croient avoir tout compris au développement parce qu’ils sont au Cambodge depuis 6 mois et estiment que je devrais faire attention a la manière dont je dépense l’argent du néo-colonialisme.

Je me suis dit que ca devait être sympa (sauf pour les leçons de morale) mais bon, entre nous, QUI pourrait sérieusement songer à me parrainer (a part ma propre génitrice, ce qui ne compte pas vraiment) ?

Je me suis vue vivre comme ma femme de ménage et passer mes journées courbée sur mon balai ou ma pile de vaisselle.

Je me suis dit que c’était pas vraiment la vie dont je rêvais mais qu’au moins, j’enverrais mes marmots à l’école et non à trainer les rues pour vendre des bracelets aux touristes.

Je me suis vue vivre comme ces filles qui trainent tard le soir aux abords des boites de nuit.

Je me suis dit que c’était pas la peine d’aller beaucoup plus loin dans l’exploration de cette option la.

J’ai bien réfléchi, bien examiné toutes les possibilités qui s’offraient a moi pour vivre comme une Cambodgienne…

Et puis finalement – et n’en déplaise a cette personne –, je me suis dit que j’allais continuer a vivre comme une connasse d’expatriée : gagner 5 fois le salaire moyen cambodgien a Phnom Penh, manger de temps en temps de la nourriture importée, ne pas faire beaucoup d’effort pour apprendre la langue locale, payer ma femme de ménage, m’apitoyer sur le sort des putes et des enfants des rues, et me croire parfaite parce que je bosse dans une organisation qui sauve les pauvres.

Je ne pense pas que les Cambodgiennes m’en voudront beaucoup et les moutons seront bien gardés.

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Salut les Couch Potatoes

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J’ai enfin vu Supersize Me, ce documentaire (formidable) sur le capitalisme international le gros cul des americains.

Alors je voulais passer un message aux (sales) bouffeurs de hamburgers du type fast-made (pas aux bouffeurs de hamburgers tout court car j’en fais partie et j’aime ca merci bien).

Donc juste pour votre gouverne, avant de mourir dans d’atroces souffrances d’une overdose de diabete, doublée d’une indigestion de cholestérol, étouffés dans votre propre gras, impuissants (pour les mecs) et en etat de depression existencielle, j’espere que vous aurez au moins la lucidité de vous rendre compte que vous aurez également en quelques sortes contribué a encourager l’engraissement des petits gamins états-uniens (et des ploutocrates millionaires qui se torchent le cul avec votre santé).

Mais comme j’aime les americains a peu pres autant que j’aime les schleus et le racisme gratuit (enfin gratuit, ils ont élu Georges Bush 2 fois quand-meme…), ca ne me derange pas trop.

Juste, si vous me permettez, si c’est ca la vie dont vous revez, je vous conseille fortement de vous mettre a l’héroine. Les resultats seront les memes (vous mourrez dans d’atroces souffrances) mais vous tripperez beaucoup plus (et vous mourrez MAIGRES).

Sur ce je vis retourner a ma vie de connasse donneuse-de-lecons et a mes hamburges préparés (avec amour) en 25 minutes dans les cuisines des restos de Phnom Penh (avec modération).

NB: Contre la gueule de bois, buvez de la soupe miso (pas de quoi).

Et qu'on ne vienne pas me traiter de terroriste

Vous allez croire que je suis vraiment du cote de Ben Laden. Eh bien sachez que j’aime en secret Barack Obama, na.

 

Le monde à l’envers

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Hier soir quand je suis rentrée de la muscu, dans ma cuisine il y avait deux garçons (jusque-là, tout va bien), ainsi qu’un tas géant de poivrons (verts) coupés en morceaux.

Pour ne rien vous cacher, il était assez clair qu’ils comptaient en faire un truc bien girly, type une ratatouille, ou une nourriture du même acabit.

Un peu plus tard, alors que j’étais en train de roter ma bière devant le football, ils se sont attablés devant une purée de carottes (en guise de hors d’œuvre).

– « Ca va les garçons », j’ai fait comme ça, l’air de rien, « vous avez pas trop l’impression d’être des filles par hasard? »

– « Ben non pourquoi ? » qu’ils m’ont répondu de l’air faussement innocent de ceux qui savent très bien pourquoi.

(Mais je crois que ça les a fait réfléchir tout de même, parce qu’après ça ils se sont bien gardés de faire la vaisselle).

Je dois avouer que j’apprécie leur efforts pour se montrer solidaires avec moi (du moment qu’ils nettoient le robot mixeur après, merci bien).

Les Allemands sont nos amis

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En ce moment je ne lole pas trop au travail…

Je mets ca sur le compte de mon nouveau patron qui est allemand.

Blague a part : En ce moment je soupçonne fortement les messieurs du recrutement de mon travail de copier la stratégie d’intégration de l’Union Européenne (les p’tits malins), a ceci prés qu’ils ont pris un peu d’avance en intégrant déjà l’Islande (2 fois). Mais sinon, ca y ressemble à s’y méprendre: l’Espagne et la Grèce sont tombés en désuétude, et l’Italie n’est pas au top non plus. On s’est récemment ouvert a l’Europe de l’Est en embauchant un Serbe (oui, un vrai, de Serbie) (rassurez-vous nous sommes au courant pour Srebrenica, c’est juste que par rapport aux Khmers rouges tout ca, ca nous parait un peu de la gnognotte). La France se porte pas trop mal, et dès que c’est le bordel, on lance des grands Save.Our.Souls du coté de nos amis germaniques. Frau Merkel, you will save us all.

Que les choses soient claires, je n’ai rien de spécial contre les Allemands. Je n’ai rien de spécial pour non plus mais ca, ca n’est pas de la germanophobie, c’est juste que j’aime pas trop les gens de manière générale (surtout les nouveaux et surtout s’ils me commandent) (et aussi ceux qui abusent des cœurs sur facebook).

Lui en revanche, quand il a su qu’il y avait une française dans l’équipe, il a flairé l’aubaine. Super, une française ! On va vite devenir copain au nom de la sacro-sainte amitié franco-schleue et travailler main dans la main à sauver l’équipe de la débâcle à coup de mesures de rigueur et de restrictions budgétaires.

Genre.

C’est que moi, je ne l’entends pas trop de cette oreille. L’Austérité elle peut rester en Germanie merci bien. Moi j’ai une augmentation de salaire dans ma ligne de mire (je suis quelqu’un de foncièrement vénal n’ai pas de quoi me payer une assurance santé) donc la restriction budgétaire, très peu pour moi.

Comme il est allemand, il a un Mac Book Air et il parle mieux Anglais qu’un New Yorkais. Il dit des mots que je ne comprends pas, et pourtant je suis pas la dernière en ce qui concerne le correct parlé de la langue de Shakespeare (genre j’utilise beaucoup l’expression bitching around, et celle-là je ne l’ai pas apprise à l’école).

Au lieu de me faire bosser sur des trucs rigolos, il a opté pour un blocage temporaire de tous les process pour travailler (durement) pendant des semaines à revoir la stratégie. Je crois qu’il me grille to-ta-le-ment quand je lole sur des blogues ou que j’update mon statut facebook 35 fois par jour au lieu de faire le travail ultra-relou qu’il me demande. Je sens son œil inquisiteur d’Allemand fixé sur mon écran et j’entends presque ses connexions cérébrales fourmiller de questions sur ce que je peux être en train de fabriquer sur un site web qui de toutes évidence n’a aucun rapport avec mon boulot.

Heureusement, on va peut-être bientôt embaucher un Belge de Belgique (ils sont redevenus fréquentables depuis qu’ils ont a nouveau un gouvernement) et peut-être qu’on va pouvoir recommencer a rigoler un peu en ergotant Hoegaarden, manneken pis et autres fricadelles.

Je vous raconterai (si vous etes sages).

Je précise que cet article est à teneur ironique. En vrai, je n’update pas mon statut facebook 35 fois par jour le nouveau patron il est quand-même sympa, HEIN.

L’épisode de la Clé de Huit

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Les gens ont toujours l’air de dire que je suis une grosse râleuse et que je me plains en permanence. Il faut dire que j’ai un certain penchant pour le mécontentement sur un bon nombre de choses – mes sujets préférés étant les Riches, les gens qui abusent des coeurs sur Facebook et la nouvelle version de Question Pour Un Champion en ligne (elle est vraiment tres tres nulle). Une fois on m’a même traité de langue de pute (oui, vraiment les gens ne surveillent pas leur langage), mais ça va je le prends plutôt bien.

En ce moment j’aime pas mal formuler des critiques sur le pays dans lequel je vis qui contient un nombre bien trop élevé de gros Hummers, de plats à base de pieds de poulet et de gens irritants à mon goût.

Mais bon, on aura beau bitcher tout ce qu’on veut sur le Cambodge, des fois il s’y passe quand-même des trucs vraiment magiques.

Par exemple samedi soir (tard) on était en train de faire les jackys rouler sur la moto (on était 3 dessus, on est trop des oufs), lorsque soudain BADABOUM PATATRA un cratère béant s’est ouvert sous nos roues et on est pour ainsi dire pas passés loin du bon vieux vol plané à l’ancienne.

Là-dessus, la moto s’est mise à faire un bruit pas particulierement rassurant, surtout quand on se trouve dessus, et on s’est dit qu’il serait peut-être bon pour notre survie sécurité de juste vérifier si on avait pas laissé derrière nous la moitié du moteur.

Pour ne rien vous cacher, la moto était légèrement endommagée mais rien d’assez grave pour faire déclarer forfait a notre conducteur et mécanicien en herbe. Seulement voilà, le hic c’est qu’il avait grandement besoin d’une clé de huit, et que manifestement, aucun d’entre nous ne transportait ce type d’appareil dans sa besace (une attitude proprement inconsciente, je vous l’accorde…).

L’histoire aurait pu s’arrêter là – le mécano criant « Je ne peux RIEN FAIRE sans une clé de huit ! » et nous tous jetant à feu la bécane des regards atterrés en se désolant de notre imprudence en matiere de transport d’outils de premiere necessité.

Mais Phnom Penh n’avait pas dit son dernier mot en matiere de providence divine.

A ce moment même, deux cambodgiens sont passés en tuk-tuk tombés du ciel. Devant notre désarroi manifeste, ils se sont approchés de la moto en affichant un air circonspect, un peu comme ca :

(mais sans la loupe) (et sans la pipe)

Au bout de quelques secondes de reflexion, ils se sont relevés, ont fait demi-tour pour aller farfouiller dans leur tuk-tuk et sont revenus vers nous avec dans les mains…

(wait for it)

… une authentique CLE DE HUIT ! 

(si!) (et meme plein d’autres numéros de clés).

J’avais jamais été aussi heureuse de voir une caisse a outils de ma vie.

5 minutes plus tard, on filait au vent sur une moto qui avait retrouvé ses consonnances habituelles.

Enfin voila, tout ca pour dire que franchement, je sais pas trop pour Dieu mais Buddha, lui, il existe et il nous a entendu.

Rétrospective

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A 17 ans, je voulais trop être une putain d’étudiante urbaine (genre lilloise quoi – je viens d’une bourgade de 500 habitants donc Lille pour moi à l’époque c’était un peu Tokyo) et lettrée de manière érudite, promise à une grande carrière en rapport avec tous ces connards d’écrivains du 14ème siècle et leurs bouquins aux millions de pages incompréhensibles.

A 19 ans, j’étais lilloise (enfin, j’habitais à Ronchin), lettrée (enfin, j’avais lu un Proust quoi. Le plus petit) et étudiante, et je voulais trop me casser de cette France de cons (j’étais une grosse rebelle) pour aller goûter à l’exotisme overseas, mais pas trop loin quand-même pour pas que ma Maman me manque trop. Je voulais aussi apprendre à parler anglais parce que bon, on sait tous comment ça se passe les cours d’anglais en France, Bryan-is-in-the-kitchen et compagnie. Et je me disais que l’anglais c’était pas mal pour communiquer avec, genre, le monde entier et trouver un travail un jour (rebelle mais lucide).

A 20 ans, je parlais anglais (at last) et j’avais goûté à l’exotisme et aussi à toutes les espèces de bières irlandaises qui existent. Je voulais trop être une connasse parisienne qui a des bottes à talons en cuir (c’était très important pour moi), étudie à la Sorbonne et passe ses week-end sur la Butte Montmartre à bouffer de la baguette au fromage de chèvre et du vin rouge. #soclichéIknow.

A 21 ans, j’avais des bottes en cuir à talons, un taux de fréquentation de la Butte Montmartre et de bouffage de baguettes plutôt élevé et j’avais vu à quoi ça ressemblait d’être une étudiante de la Sorbonne merci bien (c’était nul). Je n’avais qu’une idée en tête : aller vivre dans le Tiers-Monde pour sauver les enfants de la pauvreté mondiale.

A 24 ans, je vis dans le Tiers-Monde et je m’efforce de sauver les enfants de la pauvreté mondiale (même si ça ne se voit pas trop, surtout quand je dis que je fais du marketing). J’ai une vie plutôt chouette même si je vis avec beaucoup trop d’individus de type mâles. Et j’ai même un blog.

Et maintenant ?

Ben, comme dirait l’autre, je ne sais pas trop mais je vous tiens au courant.