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Deux ans : l’heure du bilan ?

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Aujourd’hui, cela fait exactement deux ans que je vis au Cambodge. Je me revois encore le 10 juillet 2011 à 21h débarquer a Phnom Penh avec mes gros sacs, mes 3 jours de trajet dans les pattes et mes heures de sommeil en retard et… mais c’est une autre histoire.

En toute honnêteté je profiterais bien de cet événement marquant pour faire un peu d’étalage de life sur la blogosphère. Je me disais que j’allais faire un article un peu touchant et girly sur toutes ces merveilleuses choses qui me sont arrivés depuis que j’habite à Phnom Penh : tous mes nouveaux amis chéris d’amour qui sont ici comme ma deuxième famille (bisou les amis), la beauté du Cambodge, le fait que Phnom Penh est la meilleur ville du monde pour… a peu prés tout en fait (sauf les pique-nique et le shopping), les Khmers qui peuvent être aussi choubidous qu’horripilants (mais qu’on aime bien quand-même au fond, du moins presque tout le temps), mon travail qui était quand-même jusqu’à il y a quelques mois le travail de mes rêves (jusqu’à ce que je me rende compte que mon boss était un fdp, que j’aurais jamais de sous en sauvant les pauvres et que j’avais trois fois moins de vacances que les autres gens #désillusion #désenchantement), mes représentations de théâtre qui étaient quand-même (c’est vrai ca tiens, je ne vous ai pas updaté a ce sujet) un moment cosmique intersidéral de ma vie, ma maison qui est, en toute objectivité, la meilleure du tout Phnom Penh, voire du monde entier… Enfin tout ca quoi.

Mais bon, je crois que j’ai écrit beaucoup trop d’articles débiles sur mes sorties enivrées, mes crises de nerfs dans les toilettes et mes pathologies bizarres pour être un jour à nouveau crédible dans ce genre littéraire…

Non la question un peu badante que je me pose aujourd’hui en revanche, c’est : serai-je la l’an prochain pour fêter mon 3eme anniversaire au Cambodge ?

(C’est le moment ou je vous annonce que j’ai chopé le Sida et que les médecins Khmers me donnent moins d’un an à vivre…).

(Ahah, je vous ai bien eu)

Bon plus sérieusement, parce que ca ne se fait pas trop de plaisanter sur un sujet aussi grave (and I mean it), non il faudra bien qu’un jour je quitte ce pays enchanté et si ca peut se faire d’ici + ou – un an d’échéance ca serait pas mal.

Alors je vous vois déjà tous à demander pourquoi il faut absolument que je quitte le Cambodge. Bon d’une part, parce que si je reste trop longtemps dans ce pays, je vais sérieusement finir avec une cirrhose et aussi parce que j’ai trop peur que mes amis de France oublient mon prénom (ou mon existence). Mais c’est aussi que l’éternelle insatisfaite que je suis ne s’autorise pas à rester trop longtemps au même endroit… J’ai déjà soif de nouvelles aventures pour ne rien vous cacher.

Et pourquoi trois ans ? En vérité je ne sais pas trop. 3, c’est un peu mon chiffre fétiche (parce que je suis née en décembre, que j’ai une seule sœur et que j’ai rencontré mon mec quand j’avais 16 ans, c’est pour ca). Dans un an j’aurais 26 ans, ce qui n’est pas aussi déprimant que d’en avoir 25 mais qui ne me rajeunit pas non plus. A 26 ans on a plus l’âge de vivre dans le Tiers Monde si vous voulez mon avis, il est temps de penser au plan épargne logement et a faire des mioches (LOL).

Bref, rendez-vous dans un an pour savoir si j’ai réussi à m’auto-briser le cœur sur l’Autel de mes Principes Psychorigides et de la nécessité d’évoluer… ou pas.

En attendant, vous pouvez toujours aller loler sur ce tumblr qui représente tellement bien ma vie a Phnom Penh qu’on pourrait croire que c’est moi qui l’a fait (mais en fait non): http://phnompenhtuktuk.tumblr.com/

(Si vous connaissez les gens qui s’en occupent, je veux bien que vous me les présentiez, ils ont l’air très rigolo).

Je vais essayer de mettre a profit cette dernière année au Cambodge pour apprendre le Khmer, me faire des amis parmi la population non-francophone et arrêter de bitcher sur la pluie, les cambodgiens et mon boss faire la nocturne  rue 51, manger plein de nouilles sautées et de pizzas de chez Luigi et blogger a foison.

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Breaking news: tout va bien

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J’ai le plaisir de vous annoncer qu’en dépit de tous mes efforts pour mourir ces derniers temps, je suis toujours en vie*.

*Clairement, cette phrase n’a aucun sens mais ca va, ca ne me dérange pas trop.

Pour commencer – et je dois avouer piteusement que je l’avais bien cherché en dormant avec l’aircon réglée sur la température minimale toute la nuit pendant plein de nuits (j’ai récemment déménagé dans une Suite Royale avec jacuzzi la clim alors j’en profite) et en faisant du sport prenant des douches glacées après avoir fait du sport par 40 degrés Celsius – j’ai attrapé cette maladie étrange, aussi infantile qu’incurable : l’otite-a-irruption-cutanée. Celle qui, en plus de te rendre sourde de l’oreille droite (car je dors du cote gauche) et de te donner l’impression que ta tempe va t’exploser a la face toutes les 20 secondes, te refile en prime un petit look de galleuse en faisant pousser sur ta joue de délicats bourgeons de couleur rouge… J’étais donc bien moche et bien a l’article de la mort pendant quelques jours, et j’ai d’ailleurs même du prendre un jour et quart d’arrêt maladie (Que les choses soient claires : jamais, JAMAIS je ne prends des arrêts maladie. Les arrêts maladie, c’est bon pour les p’tites bites).

Sur ces entrefaites réjouissantes, et après que Monsieur Docteur il ait compris que prendre un antidouleur par jour ca n’allait pas trop me sauver la vie mais qu’il valait peut-être mieux me shooter aux antibiotiques, je suis partie en vacances (oui car je m’arrange toujours pour tomber malade juste avant les vacances comme ca j’ai encore moins de chance de devoir prendre un arrêt maladie – chacun ses principes). Comme je ne me trouvais pas assez épuisée par mes nuits blanches passées à me concentrer pour ne pas m’étouffer dans ma propre morve, je me suis dit que rien ne valait une petite randonnée de 3 jours au beau milieu de la jungle tropicale, le plus loin possible d’un établissement de santé.

Ainsi, j’avais de grandes chances de choper le palu, la malaria (scoop : c’est la même maladie mais personne ne le sait), le typhus, la grippe aviaire, la lèpre ou le tenya, de me noyer dans un torrent, de me faire dévorer par un tigre, écraser par un éléphant, enlever par des tribus autochtones avec des pendentifs en tête réduites (bon OK la j’en rajoute un peu, on est pas non plus dans Jumanji)… et j’aurais surtout pu mourir de rire a de nombreuses reprises, surtout quand on a fait croire à notre guide qu’il allait devoir nous ramener un tuk-tuk au milieu de la jungle car il était hors de question qu’on marche les 8 km restantes le dernier jour (vous auriez vu sa tête, j’en rigole encore une semaine après).

Mais bon, une fois de plus, j’ai survécu (je suis vraiment une dure à cuire).

Enfin, à peine remise de mes aventures, j’ai entamé la dernière ligne droite du marathon de la mort en allant courir ces foutues 10 km pour lesquelles je m’entrainais à corps perdu depuis des mois (je sais ce que vous pensez tous : Peuh ! 10 km ? C’est riiiieeen, mais bon, je suis une grosse lopette et j’assume) et je n’ai pas rendu l’âme au milieu des temples d’Angkor (pourtant ca aurait été pas mal la classe) ce qui m’a vallu une belle médaille de winner finisher.

Voila c’était le flash info spécial en direct du Cambodge ou en fait il ne se passe vraiment rien de bien excitant.

Heureusement que dans deux semaines je rentre en France (et d’ailleurs je vais peut-être arrêter d’en parler car a chaque fois je manque d’expirer de béatitude orgasmique – et, franchement, après avoir traversé tout ca, ca serait quand-même con).

Les Cambodgiens et la gastronomie, c’est pas facile tous les jours

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J’ai déjà evoqué sur ce blog mes problèmes avec le mode d’alimentation cambogien.

Je sais pas si c’est la pauvreté ou un quelconque élément lié a leur sous-developement qui les poussent à bouffer l’integralité de tout ce qui se trouve dans un poulet (bec y compris), un bœuf (pénis y compris) ou un cafard (cafard y compris), ou si c’est juste qu’ils kiffent. Dans tous les cas, toutes ces bonnes petites choses, moi ça continue à ne m’inspirer rien de moins que ça :

(oui vous avez bien reconnu Vomito, le pote de Titeuf).

Bref. L’étendue de la gastronomie cambodgien ne s’arrête – hélas – pas la.

Par exemple, un jour, j’ai mangé une pizza. Je sais, ça a l’air assez banal comme expérience, on pourrait se demander pourquoi je prend la peine de le raconter sur ce blog. Sauf que ce que vous ne savez pas, c’est que la conception cambodgienne d’une « pizza » n’est pas exactement la même que la notre. C’est à dire que ce que les Cambodgiens croient être une pizza, ça ressemble à ça:

Alors là vous ne voyez peut-être pas bien sur cette photo, mais sachez que cette pizza, basiquement aux fruits de mer, est en fait une pizza… au surimi!

Quand a la pizza a la viande, elle est également basiquement à la viande, c’est-à-dire à rien d’autre que de la viande:

Elle a littéralement 4 couches de charcuterie, reconstituée sûrement d’ailleurs a partir de pénis de taureau et de bec de poulet, et en bonus – vous ne pouvez pas le voir sur la photo mais je vous le livre en exclusivité – une saucisse kabi, subrepticement nichée dans la croute! (là ou, dans les pays civilisés, on met du fromage, comme tout le monde).

On est jamais au bout de ses surprises!

Autre aventure culinaire, pas plus tard que ce midi.

On voulait aller manger un burger avec mes copains parce que hier on est alles en boite (oui, un jeudi, c’était une mauvaise idée) et que donc on avait un peu la gueule de bois et que le burger, c’est bien connu, est le remède universel contre la gueule de bois (moi j’avais pas trop la GDB heureusement parce que hier j’étais un peu en mode princesse mais bon j’aime quand-même bien les burgers). Pour les burgers lovers, Phnom Penh c’est un peu The Place To Be, tous les restos ou presque fabriquent des merveilles d’inventivité burgerienne, avec du vrai pain, de la vraie viande, des vrais légumes, de la vraie mayo et tout a faire palir… ben pas grand monde en fait parce que la seul alternative aux restaurants-à-burgers-de-Phnom-Penh, c’est Mac Do et Burger King, et Mac Do et Burger King, c’est pas bon (oui, même Burger King et je l’assume, même si je dois me faire traîner à la potence pour ça). Wallah!

Bref donc on était super enthousiastes à l’idée d’aller manger cet énième burger qui vaudrait presque une bonne tartiflette, quand soudain vlatipa que le collègue Cambodgien de mes copains s’en mêle et veut les emmener dans cet-endroit-très-bien-ou-ya-plein-de-sortes-de-burger-et-tout.

Quand j’ai entendu ça j’ai senti la panique monter en moi mais… je n’ai rien dit.

Et la il nous a emmené dans le fast-food le plus craignos de l’univers ou en fait 1. Y avait pas de burgers mais des sandwichs dégueulasses dans du pain improbable avec de la viande sans doute avariée et des sauces aux produits chimiques et 2. Ça m’inspirait tellement pas que je me suis rabattu sur des spaghettis (c’est vous dire) et que yen avait presque pas (de spaghettis) et que la sauce était pas très bonne.

Mais l’endroit était genre trop full de cambodgiens qui kiffaient trop leur life en mode je-mange-des-burgers-donc-je-suis-trop-comme-les-Américains-peuple-extraordinaire-auquel-je-veux-absolument-ressembler-surtout-depuis-qu’ils-ont-inventé-Steve-Jobs.

Bon donc bien sûr quand le collègue de mes copains – qui au passage était un être absolument adorable – a demandé avec des yeux plein d’espoir si ces burgers étaient bons par rapport à ceux qu’on mangeait d’habitude, j’ai pas pu m’empêcher de dire la vérité: « Non, c’est pas bon ».

Mais attention, je lui ai sorti des arguments rationnels, j’ai joué la carte de la nutrition et tout. Après qu’il m’ait dit que les cambodgiens s’en foutait un peu de la nutrition, on a quand-même essayé de le convaincre, lui, qu’il existait des centaines d’endroits all over Phnom Penh, qui vendaient autre chose que du carton-pâte avec la vague chair d’un animal inconnu au bataillon à l’intérieur…

Résultat, il a accepté d’aller manger un vrai burger avec nous la semaine prochaine.

Ouf, au moins un de sauvé!

Bref, j’ai repeint le centre de formation

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Prétendre vouloir sauver les pauvres, c’est savoir se montrer multifonctionnel.

C’est ainsi qu’hier, lorsqu’entre deux tableaux excel d’analyse de ventes, j’ai reçu un email d’une de mes collègues proposant a tous les employés de l’organisation d’aller prêter main-forte au centre de formation pour le grand coup de repeinture annuel, je me suis empressée de me porter volontaire.

Le lendemain matin, j’étais sur le pied de guerre dans mes vêtements-de-travail informes à 10h du matin avec mes deux collègues. Ce centre accueille enfants des rues et jeunesse marginalisée de Phnom Penh, leur offre une éducation et les forme à différents métiers. Je vous laisse donc imaginer à quoi ressemble la population qui s’y promène, issue des tréfonds de la street cambodgienne. Bon, c’est pas non plus la Cour des Miracles mais ca ne manque pas de cachet, entre gamins tabassés par leurs parents alcooliques, héroïnomanes repentis, délinquants à la petite semaine, jouets pour pédophiles, ex chefs de gang, etc. Ce matin j’ai même croisé un authentique – dans la mesure du possible – lady boy ! On n’arrête pas le progrès.

A notre arrivée dans le centre, il parut clair que tout ce petit monde n’avait pas très envie de travailler, mais que leur idée était plutôt d’organiser une boom géante en plein air dans la cour, a entendre les tubes de Justin Bieber qui tournaient a plein régime. Manifestement cet événement était totalement dénué d’une quelconque organisation et le centre baignait une certaine anarchie.

Qu’a cela ne tienne, nous nous dirigeons vers un collègue qui a l’air de se trouver plutôt à l’aise dans le chaos général et lui demandons quoi faire. Il revient 2 minutes plus tard avec un pot de peinture rose qui dégouline et me le colle dans les mains, sourire bright aux lèvres.

« Euh… je dois peindre ou ? » je demande un peu perplexe.

Réponse empressée: « Wherever you want! ».

Voila qui me fait une belle jambe.

Je regarde autour de moi, tous les murs sont… jaunes.

15 minutes plus tard, j’ai trouvé de la peinture d’une couleur adéquate et un rouleau qui a du servir à récurer les écuries d’Augias du temps d’Hercule dans la Grèce Antique, a en juger par sa couleur. Essayant désespérément d’en étaler une couche sur un mur qui s’effrite et perd d’énormes morceaux de crépis des que j’en approche mon attirail, je suis couverte de poussière et je transpire allégrement du front sous ma frange humide…

Bien évidemment, c’est ce grand moment de classe internationale que choisit mon collègue beau-gosse pour faire son apparition avec son appareil-photo et son air goguenard.

Pendant ce temps, ma boss, forte de sa grande bossitude, a refilé son pinceau à un gamin de 8 ans et fait semblant de balayer le sol avec un balai à la stature improbable.

Et ca se prétend « organisation de protection des enfants »… Nan mais vraiment.

(J’adore ma boss).

Un peu plus tard, fatiguée par tant d’efforts, j’observe avec une circonspection mêlée de scepticisme les employés du centre s’affairer sur le même pan de mur : à droite, ils étalent consciencieusement une deuxième couche sur la peinture déjà existante. A gauche, ils s’efforcent de détruire la première couche en grattant vigoureusement, révélant un mur blanc dans un état de décrépitude avancé.

Et puis je me dis « Bah… c’est le Cambodge quoi ! ».

Bref, j’ai repeint le centre de formation.